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7 avr. 2008

Le Clandestin - Chapitre Quatrième

Chapitre Quatrième – Chaos :

J’ai lu un jour une théorie intéressante. Elle disait que, parfois, de l’ordre pouvait naître le chaos, engendré par un élément extérieur à cet ordre. Ainsi, même un grain de sable peut faire basculer de l’ordre au chaos.
Cela explique très bien ma vie…

Jersey, Octobre 1961…

Je venais de passer la nuit à travailler. J’allais de mon bureau à la salle d’archives, et de la salle d’archives à mon bureau. Mon seul but était de savoir pourquoi, pour qui… Quelle heure pouvait-il être ? De quelle journée ? Je n’en avais aucune idée… Je m’accordais une pause, extenué que j’étais. Je ne pouvais plus dormir. Non, je ne pouvais plus… Alors je m’évadais, rêvant, mais éveillé, conscient.
Lorsque deux agents entrèrent. J’en avais oublié que je n’étais plus dans mon bureau, mais dans la salle d’archive, allongé là, par terre, à regarder le plafond. De quoi aurai-je eu l’air ? Je feintai donc l’endormissement.
-Et tu vois il m’a dit que j… Oh ! Regarde donc ça. C’est le sergent… il s’est endormit ici, dit l’un des deux hommes.
-C’est si malheureux. Quelqu’un de si bien… Pas étonnant qu’il tombe à terre. Cela doit bien faire une semaine qu’il n’est pas rentré chez lui, faisant allers et retours entre ici et son bureau sans cesse. Il se tue à la tache…
-Si tu veux mon avis, je pense qu’il a pété les plombs. Un jeune homme si doué, si prometteur. Enfin, pas étonnant, vu le désordre dans sa vie en ce moment…
Tout est noir autour de moi, ma tête tourne. Je crois que finalement, j’ai trouvé le sommeil…

Le désordre…
Le chaos…


C’est affligeant comme la vie peut être faite, parfois. Une personne vous manque, et c’est le monde qui est dépeuplé…


Jersey, Novembre 1961…

Suite à mon aphasie, les policiers m’ont emmené à l’hôpital. On m’a alors fortement recommandé de me ménager un peu… Je n’eu pas d’autre choix que de rentrer chez moi, dans cet appartement, celui-là même où j’ai trouvé ma femme mourante…
Lorsque je posais le premier pas dans cet appartement, une douleur sans pareil m’envahit. Dans tous mes os, tous mes muscles, tout mon sang je pouvais ressentir ce chagrin qui mettait mes jambes à défaut. Je revoyais dans ma tête ces images d’horreur, ce sang, je ressentais la sensation de sa peau froide. Puis, sans même m’en rendre compte, des larmes coulèrent. Pour la première fois depuis bien longtemps, je pleurais. Larmes qui à la fois me brûlaient la peau, mais me permettaient également de ressortir cette douleur qui était dors et déjà en train de faire son nid dans mon cœur. Comme les larmes affluaient, de nouvelles images me revinrent à l’esprit. Des images de bonheur, des images d’elle, à la grande époque. Des images sans cruauté, sans haine, sans chagrin. Je pu faire ce second pas, puis un troisième… jusqu’à arriver à mon sofa. Je m’assis. La douleur avait disparu. Ou du moins, elle ne me torturait plus. Mais à la place, je ressentais la haine. J’avais un désir de vengeance, je voulais tout exploser, que tout ce qui est beau meurt, que tout ce qui est chaleureux perde son éclat. J’avais envie de tout gâcher… Mais j’avais surtout envie de faire payer aux personnes qui m’avaient fait ça.
J’avais déjà bien avancé, mes recherches m’avaient permis de faire un lien supposé entre ces cambriolages et la mort de ma femme. Ces vols avaient en fait été perpétrés non seulement toujours en pleine journée, mais également dans des maisons modestes. Affaire à l’aspect banal. Il m’aurait suffit de creuser un tout petit peu plus pour voir qu’en fait derrière cela se cachait une très grosse affaire… Mais c’est toujours dans les situations les plus critiques que la notion du travail bien fait prend tout son sens. Le point convergeant était non pas ces maisons, mais leurs propriétaires. Ils étaient tous d’anciens marins, et tous venaient du même bâtiment. Bateau qui, une semaine plus tôt, avait finit sa vie au fond des eaux. L’enquête avait révélée que le navire avait sûrement été coulé volontairement. Mais cette enquête n’avait pas été plus loin. Sans véritable raison, les investigations avaient été arrêtées. D’après un de mes indicateurs, on aurait retrouvé des traces de drogue dans les soutes, et c’est cela qui aurait poussé certaines personnes bien placées à ‘noyer le poisson’. L’affaire était d’autant plus grosse que quelques jours avant la visite de ce M. Crook, les corps de certains de ces marins avaient été retrouvés, pendus à des arbres avec un écriteau sur lequel il était écrit le mot ‘ESCROC’. A l’époque, l’enquête avait été confiée à un inspecteur plus expérimenté que moi, nous n’avions en effet aucune idée d’une quelconque relation entre ces meurtres et ces cambriolages. Maintenant, c’était évident. Restait à trouver quelles personnes étaient mouillées dans cette histoire. Et ce n’était pas une mince affaire… Il y avait un seul élément qui pouvait m’emmener à la réponse que je voulais : Ce Monsieur Crook.
Mon plan était prêt… Restait à l’exécuter. Mais, avant, il me fallait préparer ma sortie. Je décrochais donc mon téléphone afin de prévenir mes collègues de mon absence.
-Oui, allo, commissariat de Jersey, je vous écoute.
-Allo, Philippe. C’est moi.
-Eh ! Sergent. Comment vas-tu ?
-Oh… pas fort. J’ai la crève, et du coup, je tiens presque plus debout. Le médecin m’a dit de ne pas travailler aujourd’hui, au moins.
-D’accord. Eh bien, pas de soucis, on se débrouillera. Le médecin à raison, tu étais livide la dernière fois, tu ferais mieux de te reposer au moins toute cette semaine.
-Oui, pas de soucis. Merci.
-Dis, sergent…
-Oui ?
-Fais attention à toi, quand même, hein. Reviens-nous en pleine forme !
-Merci Philippe, je reviendrais très vite et avec la forme.
-Bonne journée.

Je raccroche le téléphone. La solitude, à présent. Je la sens couler dans mes veines. Je repense à toi, encore une fois… Comme cet endroit est vide sans ta présence.

On souffle, on respire un peu, s’accordant une pause dans cette jungle qu’est la vie. Puis celle-ci nous met à nouveau devant deux choix, deux chemins qui s’offrent à nous :
Le premier a une fin bien prévisible, mais amère. Un chemin bien clair, mais monotone.
L’autre est sombre et inconnu, mais intriguant et plein d’espoir.

Le choix fait, il est trop tard pour reculer. On ne peut plus que suivre sa route en espérant déboucher quelque part…

Je venais de raccrocher. Maintenant dans ma tête, deux voix raisonnaient. La première me disait de prendre cette première voie. La deuxième, elle, jouait de mes sentiments et m’encourageait à prendre la seconde issue. Ce que je fis…
-Bien bien… Voyons où tu vis, cher M. Crook.
Je mis la main dans les dossiers que j’avais emportés chez moi. Ceux, plus ou moins officiels, qui contenaient les noms des personnes sous surveillance. Une très bonne idée qu’un de mes associés avait eue, que j’avais mise en place très rapidement, et qui, ce jour-là, me rendait un fort grand service. Monsieur Crook y était, puisque j’avais demandé personnellement à ce qu’on l’y ajoute. En un quart d’heure, j’en savais assez sur cet homme pour pouvoir le retrouver. Non pas que le dossier était épais, bien au contraire, mais parce que j’avais là l’adresse de chez lui, de son travail. Il était malin, il savait qu’il était suivi. Ainsi, il avait réussi à semer ma taupe à maintes reprises et durant plusieurs heures, ce qui lui laissait le champ libre pour faire tout ce qu’il désirait sans être soucieux que j’en apprenne quoi que ce soit. Voila, je savais où le trouver, il fallait que je fasse du bruit, il fallait que je déchaîne mon courroux !

Tu as volé ma vie, tu ne partiras pas en emportant mon âme…

Bugling Eyes Chapitre 5

V- Où s'inaugura un saisissant « Si l'on jouait ? ».

Ainsi, l'irritation monta dans la baraka du grand idiot qui, toujours sur son mauvais apparat, faillit mais n'abandonna pas son combat « with da fucking jackass », dirait un gangsta du Bronx, « con il bruto tipo », dirait du mafiosi napolitains, la Cosa Nostra, ou, dirait un bon français, un futur au sol, abattu par un lourd produit. Plutonium bon riant - car ainsi l'intitulait un ami dans son instant plus coquin – cligna, tituba, finit par ragaillardir son corps, plus lourd qu'un gros tas d'un gros plomb, puis fit grandir sa voix.

-Ah la catin ! dit-il. L'amour fut pour moi un tsunami rock'n'roll au parfum citron.

Ainsi, il mira Uranus dans l'infini cosmos pour la bannir par son mot, lui parla.
Uranus lui dit alors :

-Qu'as-tu voulu dans ton souhait avoir, Ô mauvais animal ?

Il tournait fou.

-Nous voudrions du LSD goût chocolat, Ô mon poussin, pour qu'ainsi nous allions à Saïgon.

-Oublis ça, mon amour. J'ai pu t'assombrir, mais crois-moi si j'avançais qu'il s'agit avant tout d'un flash, Ô bon poison, Ô doux rapport à la mort. Il fut sûr pour nous, tu sais, qu'alors par la friction du plaisir commun à nos amours, nous finirions par nous haïr au fin fond du thanatos. Oublis ton pathos. Au nom du flash qui nous turlupinait, chantilly du plaisir, dis-moi, Ô mon futur, si tu souffrirais si, tous trois – toi, moi, l'amour -, l'on jouait au tarot du plaisir.

Plutonium, gai, ria fort. Puis il su qu'il allait faillir. L'initiation l'avait mis au front du fait à accomplir. L'irritation monta dans son cabochard. Un sinus mordit son pair, un sourcil vrilla, un poing raidit. Un gribouillis d'actions qui montra, par son accumulation, qu'alors un grand raid allait, s'organisant, pour pâlir Uranus. Uranus doit mourir. Soon.

Il s'avança jusqu'aux battants du grand appart'.

-J'ai un poisson à finir. dit-il, a priori sûr.

31 mars 2008

Le Clandestin - Chapitre Troisième

Chapitre Troisième – Le fil de la vie :

Comme l’avait plus ou moins dit cet homme, la vie ne tient parfois qu’à un fil… Un tout petit filin, balançant au vent. Et, brutalement, il cède, nous laissant à terre, avec comme seul espoir un petit fil entre nos mains, un petit rien.
Et on en vient à se demander à quoi joue la vie. Pourquoi nous met-elle là ? Que cherche t-elle ? Pourquoi tant d’épreuves ?

Jersey, Octobre 1961…


L’hôpital… Je commence à péter un câble. Elle est dans cette salle depuis déjà trop longtemps. Va-t-elle bien ? Et si elle était morte... ? Non, ça n’est pas possible, elle ne peut pas me laisser…
C’est à ce moment précis que le médecin, Georges Scrad, sort de la salle.

-Georges ! Comment va ma femme ? S’il te plait, dis-moi qu’elle va mieux…
Il prit alors un air désolé, celui que je l’avais déjà vu tant de fois prendre avec les familles endeuillées, puis il me dit :
-Ecoute… On se connaît depuis déjà bien longtemps, et je ne vais pas y aller par quatre chemins.
-Je… je t’écoute, lui dis-je, prêt à tout entendre. Si tant est que l’on puisse se préparer à apprendre la mort de sa moitié…
-Voila. Ta femme a été poignardée à 20 reprises et avec une violence rare. J’ai rarement vu ça auparavant. Elle a perdu beaucoup de sang, et des organes vitaux ont été atteints notamment le…
Il allait partir dans son bla-bla de légiste. Je n’avais pas la tête à ça.
-Georges. Epargne-moi tes comptes rendus du médecin compatissant, par pitié. Il s’agit de ma femme, bon dieu ! Comment va-t-elle ?

C’est là, à ce moment même où je m’entends dire ça, que je réalise… J’ai souvent dû annoncer à des familles la mort d’un proche, mais jusqu’alors, je ne savais pas à quel point cela pouvait être douloureux.

-Eh bien… Elle est salement amochée. En vue de ses blessures, je n’ai pas eu d’autre choix que de la plonger dans un coma artificiel…
-Qu… Quelles sont ses chances de s’en tirer ?
-Pour être sincère… je pense qu’elles sont quasi-nulles. Elle a perdu énormément de sang et, de plus, un des coups lui a transpercé le poumon droit. Si, par miracle, elle survit, elle ne sera plus celle que tu as connue. Je suis désolé…
-D… D’accord. Je te remercie, Georges… pour ta sincérité. Je… Je crois que je vais aller voir comment elle va et la veiller, si tu me le permets.
-Normalement les visites sont finies, mais pour toi, elles sont ouvertes tout le temps qu’il faudra. Tu peux aller la voir, si tu veux.
-Merci… encore.
-Pas de quoi. Je suis sincèrement désolé pour tout ça. C’est malheureux…
Je me retourne alors et m’apprête à pénétrer dans la chambre de ma femme. Avant de pénétrer, j’entends la voix de Georges me dire une phrase, qui se met à résonner dans ma tête.
-Et surtout, fais gaffe à toi, mec !

Fais gaffe à toi…

Non… Je ne veux plus…


Etrangement, cette nuit-là, pendant que je veillais ma femme, je repensais au premier cadavre que j’avais vu…

Jersey, Avril 1959…


J’étais alors qu’un simple bleu. Je venais tout juste d’être admis au sein de la police. On m’avait confié au meilleur inspecteur de Jersey, l’inspecteur Foley. Nous avions déjà enquêté sur maintes affaires auparavant, mais ce jour-là, on venait de repêcher un cadavre. L’occasion pour mon maître de me faire enquêter sur un assassinat.
Nous arrivâmes au lieu de l’enquête. Beaucoup de policiers étaient déjà présents. Il y avait comme une agitation folle, on voyait des hommes-grenouilles, des policiers, des gendarmes, et même quelques militaires. Derrière des barrières, la foule locale était agglutinée pour en voir le plus possible de ce qui se tramait ici.
Et alors je la vis… C’était une femme. Une jolie jeune fille nue. Sa peau était bleue, ses cheveux blonds, et elle avait de nombreuses blessures près du sexe. A différents endroits, elle était déjà en décomposition. Des asticots sortaient tantôt de sa bouche, tantôt de son nez, pour enfin aller se réfugier dans l’œil en passant par un petit trou qu’ils avaient creusé au préalable.
Cette vision m’horrifia, me répugna. On l’eut été pour moins ! J’en avais le ventre retourné et mon déjeuné avait, d’un coup, un goût beaucoup plus âcre que précédemment. Mes tripes criaient à présent, mon repas voulait sortir. Je me précipitais donc dans un petit coin et vomis mon repas. Manque de chance, toutes les personnes présentes n’avaient pas manquées de remarquer qu’il s’agissait de mon ‘premier cadavre’. Il y eu des éclats de rires, des moqueries, on scandait ‘ha ha, les bleus sont vraiment des fillettes !’. Une vision assez étrange lorsque je me souvenais que l’on était sur les lieux présumés d’un meurtre effroyable, et qu’au milieu de tous ces gens hilares se trouvait une femme morte, repêchée peu de temps avant dans l’eau et dont le cadavre en putréfaction lançait une odeur nauséabonde sur toute l’assemblée. Où étais-je donc tombé ?
L’inspecteur Foley s’approcha alors de moi et me dit :

-Eh bien, jeune recrue, on ne tient pas face à un cadavre ?

Il avait été le seul qui n’avait pas rit, le seul qui n’avait su détourner son regard du cadavre pour voir son apprentis vomir ses boyaux.

-Hum… C’est que… Monsieur, si je peux me permettre, c’est le premier… enfin la première… le premier cadavre que je vois, quoi. Et… je n’imaginais pas ça comme cela.

Bien entendu, ce n’était pas le premier mort que j’avais vu. Il y avait eu mes parents, avant elle… Mais cela est une autre histoire, et je ne vis d’eux que leurs derniers instants, pas réellement leurs cadavres.

-Ha ha ha ! Tu t’y feras vite, t’en fais pas, me dit alors mon mentor.
-Oui. Je… je l’espère bien.
-Je me souviens, fiston, la première fois que, moi aussi, j’ai vu mon premier macchabée, reprit-il. J’étais alors qu’un jeune gringalet, tout comme toi. J’étais très intrigué. Je demandais à mon formateur quelle était cette odeur si forte qui émanait de cette chose en décomposition. Et sais-tu ce qu’il m’a répondu ?
-Heu… eh bien, non.

Il se tourna vers le cadavre et dis d’un ton sec :

-Eh bien, en réalité, il ne m’a rien répondu. Il m’a menotté au mort et pour me punir de n’avoir pas appris mes rudiments, il m’a laissé toute la nuit en bonne compagnie dans la morgue.
J’eu un relent. Comment peut-on passer tout une nuit avec… ça ?!

Il reprit donc en se tournant vers moi, le sourire sur les lèvres.

-Alors, j’en ai appris à les apprécier moi, les cadavres. Surtout celui-là… Une jeune femme, très jolie. Elle avait les yeux d’un bleu… Et des cheveux d’un blond…

Son ton retomba…

-Oui… si ce n’était ce trou au côté droit, elle était parfaite… Elle était froide, immobile, sur sa table mortuaire.

Il me regarda dans les yeux, et finit :

-On eu dit le sommeil d’un ange.

Le sommeil d’un ange…

Bugling Eyes Chapitre 4

IV- Où entra le désir, où sorti la torpeur, où cria l'infinie subterfuge.

Jessica arriva chez elle. Elle tapa le digicode. Serge ne bougea point. Il la mirait du haut de sa tourelle, et tel un serpent languissant, crachait son venin sur les feuilles du buisson dans lequel il se dissimulait. Il se voyait juxtaposer sa passion sur la passion de Jessica, fondre son désir dans son désir. Et il leva les yeux vers le ciel, poussa un soupir lorsque Jessica, innocente, ramassa les clés qu'elle venait de faire tomber et que sa jupette se souleva comme un cogito cartésien qui dirait « Je pense donc je suis. Je suis. Je suis. Je suis. Je suis...etc ». Elle introduisit la clé dans la serrure tandis que le déclic se fit sentir. Serge la regarda entrer et disparaître de sa vue. Il chancela. Le bourgeon de son désir n'était pas encore tout à fait éclot. Mais il était sur le point d'exploser, de céder à la pression du trop plein, de l'acme se faisant attendre, du désir brûlant jusqu'aux entrailles de son corps suintant, trépignant, gesticulant.

Il poussa un profond soupir et, n'en pouvant plus, alla plus loin afin de déverser sa frustration, ce long torrent, fleuve confluent d'une urètre distendue, douloureuse, victime innocente d'un éboulement de pression artérielle.

Puis il se recroquevilla sur lui-même. Triste fin pour un aigle si beau, triste atterrissage d'un décollage si doux. Le fruit interdit à peine croqué, l'en voilà privé. Douloureuse réalité, barrière immatérielle, mais tellement significative. Il tomba à terre et une banane à peine digérée sortie de sa cavité stomacale, évacuant sa rage, la vulgaire idée germant dans son esprit. Il releva la tête et essuya sa bouche à l'aide de la manche de son pull en laine. Il se laissa basculer contre le mur et enleva son bonnet d'un geste tremblant de la main. Il regarda le ciel, mira les formes tendres de la Lune, l'air émerveillé. Il avança sa main. La toucher. Son royaume pour pouvoir la toucher. Une larme glissa sur sa joue et alla mourir sur ses lèvres. Il se sentait si faible, il se sentait un rien. Rien vide. Rien sinueux, certes, mais rien clôt, petit, perdu. Raté. Il se sentait raté.

« Ah, doux Jesus – ou plutôt Satan, mais peu importe. Ah, Créature divine, Être Supérieur qui régit ce monde, pourquoi m'imposer cela ? Donne-moi le nectar, le Divin breuvage, car je veux goûter la tranquillité, à présent. Ivre de passion que je suis. Ô, Être grisé, Dieu de l'ivresse, tu dois me rendre sobre ! ». Telles furent à peu près ses pensées.

Là-haut, ça s'agitait pas mal. L'on venait de faire un échec et mat en Afrique, et l'on venait d'y perdre beaucoup. L'on criait de toutes parts :
« Moins dix deux en Angola. » de Saint-Benoît au Divin.
« Moins deux six au Cameroun » de Saint-Paul au Créateur.
« Moins vingt-six deux au Sénégal » de Saint-Jacques au Grand Barbu.
« Moins zéro un à Paris » de Saint-Hypocrite au Divin Mensonger...
« Assez ! » cria l'Immortel. « Je m'en vais boire un coup au troquet. Dites à Satan de me rejoindre. j'ai à lui parler. »

Il se leva.
« Mais, Seigneur. » osa Saint-Damné. « Et les réclamations du jour ? »
La Divine Divinité se retourna. Ses yeux s'embrasèrent et Saint-Damné disparu dans une grand brasier. Puis il réapparut avec une petites flammèche, quelques instants plus tard, l'air abasourdi.
« Les réclamations ? Oh, par les miches de la Vierge, donnez-les à Saint-Parfait. Il s'en occupera à la perfection. »

L'on envoya donc les réclamations à Saint-Parfait qui fit, à l'image du Tout-Puissant, un travail Parfait.

Il se trouve justement qu'il choisit ce moment-même pour réaliser les souhaits contenus dans le sac à réclamations, le moment où Serge, assit sur son chagrin, faisait reluire la Lune dans la focale de sa pupille. Il vit alors quelque chose descendre du ciel, qui répandait sur son passage une poussière dorée qui, éclairée par la lumière de l'Astre de nuit, donnait l'impression qu'une fée fut descendue des nuages sur Terre.

Serge, émerveillé, songea alors à cette image qu'il avait vue, quelques jours plus tôt, dans un quelconque film dans lequel une petite fée tintinnabulante, belle comme un ange, donnait des ailes aux enfants en leur jetant sa poussière magique. Il accourut. Mais il ne vit au sol qu'un petit paquet duquel s'échappait une poudre blanche et farineuse, mais certainement par une fée. Il aspira un grand coup et soupira. Mais dans cet acte irréfléchie, mécanique, Serge n'avait pas saisit qu'il venait en réalité de respirer deux grammes de cocaïne venant tout droit du Ciel, ou plutôt en vérité de Colombie, où le commerce illégal de drogues faisait fortune.

24 mars 2008

Le Clandestin - Chapitre Second

Chapitre Second – Au début :


Une fois de plus, je me suis égaré… Je vais commencer par présenter la situation, déjà.

J’étais flic sur la petite île de Jersey. Mes parents, Bretons, m’y avaient éduqué, m’apprenant anglicisme et francicisme.

J’avais rencontré ma femme à l’âge de 22 ans. Ses yeux bleus, pareils à de belles étoiles scintillantes, son sourire qui ranimait mon cœur… tant de beauté et de merveille qui liquéfiait mon chagrin, le laissant pour le passé.
Puis l’étoile s’est éteinte… On me la vola, et ce jour-là, je sus que rien ne serait plus jamais comme avant.

Depuis des semaines, déjà, je savais qu’on me suivait et que l’on m’en voulait. Rapport à une de mes enquêtes, pourtant à l’aspect banale.

Jersey, Septembre 1961…

J’étais dans mon bureau, tapant un de ces foutus dossier. Ma récente promotion à la fonction d’inspecteur chef ne me dispensait hélas pas de toute la paperasserie habituelle. Je faisais donc mon devoir sans rechigner. Il fallait bien montrer l’exemple…
Puis on frappa à ma porte.
-Entrez. Dis-je.

Un petit bonhomme entra alors en costume de policier. C’était Philippe. Il était l’un de mes hommes, collègue depuis déjà pratiquement mes débuts.

-Un homme pour toi. Il dit s’appeler Monsieur Crook et il souhaiterait te parler de ton enquête, apparemment.
-Monsieur Crook, tu dis ? Mmh, nous verrons bien. Fais-le entrer, si tu veux bien.

Il sortit donc de la pièce et alla chercher l’individu. Quelques secondes plus tard, ils étaient devant moi. L’homme s’approcha. Il était plutôt grand, mince, mal rasé, mais très bien coiffé et il portait sur lui une superbe chemise en flanelle grise à rayures blanches. Tout d’abord je fus absorbé par cette chemise. Elle m’intriguait, sans même savoir pourquoi. Puis mon regard se détourna vers ses yeux. Ils étaient cruels, vicieux, méchants. On eu dit que la flamme qui alimentait ses désirs avaient mue en incendie et avait brûlé sa boite crânienne.

Il s’approcha de moi et esquissa un sourire hypocrite.
-Bien le bonjour, Monsieur l’inspecteur. Comment allez-vous donc, de si beau matin ?
Son sourire semblait tellement forcé qu’il en devenait malsain, morbide.
-Monsieur Crook, je présume. Allons droit au but, j’ai un travail monstre à terminer. Alors vous dites avoir des informations à me communiquer en ce qui concerne les dix derniers cambriolages survenus ce mois-ci ?
-Hum… vous n’êtes pas à jour, si je puis me permettre. Il s’agit de onze cambriolages pour être exact, non plus dix.

Dans le mille ! J’avais tenté la plus vieille ruse au monde, le bluff, et il était tombé en plein dedans, sans même se méfier. Je n’avais même pas cru que cela puisse marcher, mais il n’avait visiblement rien à cacher…

-Onze, vous dites ? En effet… Merci pour cette rectification. Mais quelque chose me chiffonne… comment êtes-vous au courant pour ce onzième cambriolage alors que nous ne l’avons toujours pas communiqué officiellement ?
-Je n’ai rien à cacher. Je suis parfaitement au courant de ce onzième cambriolage, même sûrement plus que vous ne l’êtes.
-Je vois… Que voulez-vous, alors ? Allez-y franc jeu.
-Ce que je souhaiterais, Monsieur, c’est que vous arrêtiez vos investigations.
-Que j’arrête mes… Rien que ça ! Dites-moi, serait-ce une menace ? Ou une tentative de corruption ?
-Mais non, voyons, ce n’est rien de tout cela. Ce ne sont que des mises en garde. Je serais absolument navré que le sort vous frappe. La vie est parfois si… déroutante !

Avec ces menaces et ces révélations officieuses, j’aurais pu le mettre au trou, ou du moins en garde à vue. Seulement, je connais ce genre de type. C’est le genre de gars qui a des appuis politiques et juridiques, pas du genre à se laisser coffrer. Il vaut mieux la jouer fine avec eux. Si je l’arrête sur le coup, il ressortira deux heures plus tard et, après, je ne pourrais plus jamais m’en approcher. Relations obliges. Je tenais un gros poisson, et je ne comptais pas le lâcher si facilement. Avec lui, je pouvais remonter bien plus haut. J’avais l’ambition et cette envie de justice en moi.

-Je vois… Et bien, vous et vos… mises en garde, je vous invite à sortir de ce bureau, si vous avez fini.
-Bien, bien… Mais réfléchissez à ce que je viens de vous dire. Vous êtes jeune et en pleine ascension. Il serait dommage pour un agent si prometteur tel que vous de tout gâcher sur une histoire qui le dépasse. Ne faites pas trop de zèle.
-Je ne vous indique pas où est la porte. Adieu, je l’espère. Malheureusement, je crains que ce ne soit à bientôt…
-Je le crains aussi. Au revoir, Monsieur l’inspecteur.

Quelle que soit la personne qui pouvait se trouver derrière cette histoire, je sentais que j’avais levé un gros poisson. Assez gros pour que des personnes hautes placées en tremblent. Une aubaine pour un petit inspecteur débutant de se faire connaître et, qui sait, d’atteindre des sommets.
J’allais creuser, et au diable Monsieur Crook ou je ne sais qui…

Bugling Eyes Chapitre 3

Voilà le troisième chapitre de Bugling Eyes.
Desolé pour les nouvelles sur les thèmes donnés. Je n'ai pas encore eu le temps d'écrire quoi que ce soit.


III- Où voltigeait la féconde oisiveté du grand dénominateur du monde.

Ce soir-là, Serge était chanceux : la nuit était douce. La pluie de la journée avait répandue dans l'air ambiant une agréable moiteur qui, la nuit venue, semblait soulever les désirs inavoués de tous ces braves gens, dans leur plus sobre apparat qui, à pas réduit, rentraient amèrement jusqu'au foyer tari.

Il pérégrinait au gré de son gros gréement. Lorsque, tout à coup, il vit Jessica au coin de la rue. Il s'arrêta. Il voulait courir, hurler, s'arracher à sa timidité. Mais il s'arrêta. Et il la vit, sublime, dans sa féminité virginale, merveilleuse petite crème d'enfance, terrible beauté d'à peine seize ans qu'il aimerait beaucoup bougréer. Elle marchait vite et déjà il ne la voyait plus. Il la suivit, à pas pressés, au bord de la route. La belle était suspicieuse, comme il a été dit, et n'aimait pas à s'égarer dans de sombres ruelles. Aussi restait-elle sur de grandes avenues, à la lumière des réverbères, ignorant que cette même clarté accélérait le souffle suffoquant d'un prédateur tapi dans l'ombre. Il la regardait. Et il voulait goûter à la transcendance. La transcendance de ses formes, la transcendance de sa voix, la transcendance de ses mains, la transcendance des ses lèvres... Il voulait se transcender, évaporer sa passion avec elle dans la Lune, créer un pont entre son désir et le Nirvana, dresser un tentaculaire viaduc sur le grand fleuve Amazone et, avec elle, remonter le courant vers l'amont de l'intelligible.

Il regardait les collines s'élever et se frotter à la lumière des réverbères, rythmées par les pas de la Belle. Il voudrait courir loin dans les collines. Loin à travers les bois, pour enfin arriver à la cascade subversive, fontaine de jouvence sauvage dans laquelle il voudrait se baigner, petit ru coquin dont ses pires désirs se font un dessein, grandes chutes immuables dont la clarté aveuglante fait tourner la tête ; et nager dans l'eau claire, cristalline, jusqu'à faire déborder le lac, décrue de puissance, éruption rougeoyante du Stromboli.

18 mars 2008

Le Clandestin - Chapitre Premier

Bon, je sais. Vous allez dire que j'arrête pas d'en publier. Eh ! C'est que j'en ai, des choses à faire lire. Et puis comme bubus parlait du bon vieux temps, je me suis dit que j'allais lui mettre l'histoire qui lui plu, il fut un temps. :) C'était sur un autre site, et ce n'était alors pas encore un roman.


Chapitre Premier – Chute :



Un jour, j'ai rêvé que j'étais seul dans le noir, perdu, triste et que je ne savais pas où mes pas me menaient...

Ou n’était-ce pas un rêve, je ne sais plus…

Je ne sais plus…


Viennes, Décembre 1965…

-Hum… ils ne sont pas là, visiblement, dis-je. Tu suis, Land Left ?

Un homme arriva alors derrière moi. Il était plutôt trapu, son œil droit était recouvert d’un cache et il portait une petite moustache. Toujours sur lui, son costard cravate commençait quelque peu à montrer les signes de l'âge et des évènements passés.

-Doucement ! dit-il avec peine, essoufflé et reprenant son souffle comme il pouvait. C’est que… puff… ça fait des jours qu’on court… puff.

-On n’a pas le temps de se reposer, pour le moment. Il faut aller de l’avant.

Il me suivit sans broncher.
Nous passâmes alors dans la rue principale. Elle était bondée. Ainsi, nous pouvions mieux nous dissimuler dans la foule. C’était le jour du marché et de tous côtés on pouvait voir le ballet incessant des touristes, cherchant entre les stands les meilleures affaires du marché.

Mais je ne commence pas par le bon bout, je pense.
Mémoire, rappelle-moi…

Non ! C’est trop dur !


Parfois, même les situations désespérées peuvent avoir une issue dont on ne saurait imaginer, dont on ne pourrait pas même rêver.
Qui je suis ? Mais je suis le Clandestin.


Jersey, Octobre 1961…

Je rentrais de mon travail. En entrant, je vis que la porte de mon appartement était entrouverte. Ce devait être ma femme, elle aurait oublié de la fermer après avoir descendu les poubelles, certainement…

-Salut mon amour ! Tu as encore oublié de fermer la porte…

Pas une réponse… J’entends un léger souffle venant de la cuisine, à peine perceptible. Intrigué, je me dirige donc vers ce bruit.

Je découvre alors un spectacle terrible : ma femme… elle est à terre, en sang. Elle a sur son corps énormément de plaies et un couteau est posé à ses côtés. Je me penche vers elle.
-Mon dieu… Chérie, non… Dis-moi quelque chose… NON !

Je la serre contre moi si fort que je peux sentir son cœur battre dans tout mon corps : elle est vivante ! Mais son pouls est faible…
Je me précipite sur le téléphone. Il s’agit de faire vite, il ne faut pas qu’il soit en panne… Pas cette fois-ci !
C’est bon, il y a de la tonalité. Ca y est, j’ai réussi à joindre les urgences. Ils vont rappliquer. En attendant, j’essaye de limiter l’hémorragie. Pourquoi je panique ? Je veux pas que tu meurs… reste en vie. Pourquoi je panique ?

Quelle est cette impression ?
Ce n’est qu’un souvenir…
Ca n’est pas réel…

Tu ne peux pas mourir…
NON…



Bon sachant que pour le moment j'en suis qu'au septième chapitre. Donc faudra attendre un moment avant de lire la suite (la première partie se termine au vingtième chapitre...).

Bulging Eyes - Chapitre 2

Voici le deuxième chapitre de Bulging Eyes.
Attention, ça commence à partir un peu plus loin.

II- Où la dialectique emmène le pauvre lecteur aux confins de l'arbitraire.

Cela se passa précisément vingt-six jour plus tard. Jessica venait de sortir de chez Perrine, sa sobre amie, avec qui elle aimait à passer de longues heures, blotties dans un sofa à goûter la pureté volubile de la blanche granulée, collant dans la moiteur transcendantale de Perrine, qui strangulait sa passion. D'un geste chaste, elle remit son bonnet tout en descendant les marches du perron de la petite bâtisse de Perrine. Elle passa le portail. Des mèches lui tombèrent devant les yeux. Pensive, elle remit d'un geste mécanique mais sensuel ses blonds cheveux derrières ses délicates oreilles. Elle marcha.

Cependant, prise dans ses songes qu'elle était, elle ne remarqua pas qu'il était déjà fort tard et que, dans ce quartier résidentiel connu pour sa tranquillité, elle était seule traînant des pieds, fragile comme un petit bouton de fleur.

Serge, lui, n'aimait pas la solitude. A chaque fois que l'automne pointait le bout de son nez, ça le rendait dépressif. Pourtant, Serge avait tout pour être heureux. Certes, il était fort laid et de petite composition. Mais, après de gros efforts, Serge avait réussi à faire de sa vie ce dont, tout petit, il rêvait. Il chassait. Et il gagnait sa vie, par simple nécessité, en vendant clandestinement des chiens malades ou gangrenés venant de Roumanie par camions rouillés. Le soir, il aimait à passer des nuits américaines, devant la télévision, la main sur sa solide laideur. Durant les saisons ensoleillées, il vaquait souvent près des plages ou des piscines, ou à la sortie des écoles, l'oeil alerte, le crin hérissé. Mais l'automne et l'hiver étaient trop tristes. Trop de pluie, trop de froid, trop de désespoir. Et la nuit le prenait aux tripes. Si il ne l'aimait pas, c'est parce que, lorsque la nuit s'abattait sur lui, Serge sentait tout le poids de sa détresse. Il se traînait devant la glace et vomissait dans le lavabo ses angoisses, ses peurs, ses chagrins. Et il passait ensuite la nuit, blottit nu entre ses drapes rouges, roulé dans sa torpeur, vagissant et sanglotant de solitude. Diable que le corps lui manquait. Il sentait ses draps froids, il sentait ses doigts maladroits, ses par-dessous urticants, son traversin ouaté et usagé. Alors il sortait. Il enfilait un caleçon, enfilait un pantalon de jean, un marcel suintant et luisant de sueur et ses chaussures boueuses.

Ah ! comme la nuit devenait agréable lorsque, dans sa froideur paralysante, elle facilitait l'abattage du gibier. Mais lorsque lui, Serge, trente-sept ans et trois mois, se retrouvait être le gibier du tracas, la nuit se montrait moins douce, moins complice.

16 mars 2008

Bulging Eyes - Chapitre 1

Bonjour à tous. Je viens d'arriver sur ce blog. Alors, pour bien commencer, je me permets de publier une histoire. Elle est écrite par chapitres (un par semaine environ) et sera donc publiée par chapitres. Une histoire qui pourrait surprendre.
Cette histoire ne rentre pas dans le thème de la semaine.
Voilà. Enjoy ! :)

I – Où commence la fin d'une vérité scientifique transversale

« Il faut qu'on avance ! » lance la prof, un léger ton d'agacement dans la voix, les deux bras posés sur son bureau.

Dans son coin de classe, Yves se dit, en son for intérieur, que c'est très mal parti. La phrase de la prof s'envole dans la pièce et va s'écraser sur les murs, faisant l'effet d'une bulle de savon – bien que celle-ci eut pu davantage réveiller l'attention des élèves, les éclaboussant de fines gouttelettes d'eau, ce que la phrase ne faisait pas étant donné qu'elle était tranchant, sèche, mais surtout volubile et agaçante.

« Ci-git Moritius Danois », pensa Hervé, allongé sur sa table, gribouillant une croix au feutre rouge. « Rest in pieces. ».

Dans un autre coin, il y avait Jessica. Elle regardait la prof, non sans un regard d'attention, se triturant les cheveux pour avoir l'air pensive. Pensive, elle l'était. Elle essayait de s'imaginer si, sans quelque artifice que ce soit, l'on pouvait vraiment tout faire. Elle voulait savoir si l'on pouvait voler, par exemple, non pas avec des ailes d'avion, avec un jet-pack ou en se jetant du haut d'un très grand immeuble. Non, elle songeait là au vol véritable : ou peut-on s'élever par la simple force de sa volonté, de son corps, de sa puissance ? Elle repensa alors à un article qu'elle avait lu, un jour, dans un canard scientifique qui traînait, allez savoir pourquoi, dans la salle d'attente du médecin généraliste et obstétricien. Dans celui-ci, elle avait lu qu'une étude scientifique très sérieuse avait démontré que si l'homme possédait deux mètres de muscles sur le torse, il serait suffisamment puissant pour que ses battements de bras puissent l'élever dans les airs.

« Ce serait laid, certes, se disait-elle, mais ça marcherait ».

« Cela dit, se rajouta-t-elle à elle-même, cela reste à prouver ».

Elle était suspicieuse. Très suspicieuse. Elle l'était, oui. Mais à présent elle ne l'est plus. Ce n'est certes pas à sa suspicion que l'on doit sa brutale disparition, mais plutôt à son trop fort orgueil qui lui avait déjà valu moult mauvaises expériences.

C'est une autre histoire qui, en réalité, n'a rien à voir avec ce que je vous narre. Mais, l'envie s'empressant de tout raconter, je vais ici vous la relater.