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8 avr. 2008

Huitième nouvelle sur le premier sujet

Bon, je sais, je suis en retard. Beaucoup. Mais faut le temps qu'il faut, hein !
Voici donc "Dans un ciel de printemps", une poésie en vers libres sur le thème "Deux inconscients".
(Si c'est trop long, on peut essayer de trouver une combine. :o )


Dans un ciel de printemps
Sortant tout droit de l'hiver.
Dans un ciel de printemps
Volait une hirondelle.
D'un air penseur,
Elle ramenait à ses oisillons
Qui l'attendaient dans le nid, affamés,
Des vers qui les rassasieraient.

Mais c'est qu'il était distrait,
L'oiseau.
Et pas bien réveillé.
Et comme il pensait,
Il pensait à Paris,
A Montmartre, à la Tour Eiffel,
Aux Champs Elysées, à l'Arc de Triomphe,
Au périphérique encombré
Et au métro porte de Clignancourt,
Il s'engouffra dans une bourrasque
Et ses ailes furent secouées,
Et ses plumes firent des bonds.
Car il était cardiaque,
L'oiseau.
Et il cru bien y passer si,
Par hasard,
Il n'était pas tombé sur les lignes à haute tension
Qui lui ramenèrent son afflux sanguin.
Dans sa chute,
Il lâcha son festin
Qui alla s'écraser
Rue du Général Margueritte,
Près de la ligne de train,
Sur l'épaule d'un pauvre ahuris
Qui, les yeux dans le vagues,
S'en allait au troquet du coin.

Cet homme-là était agent d'entretien
Et il se levait
Chaque matin
Pour balayer,
Épousseter,
Briquer, cirer,
Récurer, aspirer...
Et il avait mal au dos,
Le balayeur.
Non pas que son balais fusse lourd,
Mais il fallait bien se pencher,
Rue du Printemps,
Pour ramasser son argent,
Rue du Balais,
Rue de l'argent,
Rue du Printemps de l'argent,
Rue de l'argent au printemps,
Rue de l'argent en ballets.

Il s'en moquait
Le balayeur.
Il gagnait son pain,
Le ramenait le soir au foyer.
Quelques fois,
Il s'arrêtait au troquet
Et buvait une ou deux pintes,
Rarement plus.
« Pas de quoi s'arracher les cheveux.
Se disait-il
Un ou deux coups
Et après je serai pile poil à l'heure -
Si tant est que l'heure aie des poils -
Pile poil à l'heure pour ma série télé. »
Il entra dans le troquet,
Salua le patron,
Demanda une pinte
Et épousseta d'un geste mécanique
Les miettes de pain sur le comptoir
Avec sa manche,
Sa manche déchirée,
Le comptoir crasseux,
Collant, poisseux
Du troquet l' « Aiglon »,
Près d'un pont,
Rue du Général Margueritte.
Marguerite qui est une fleur
Et un général,
A un « t » près.
Quelle drôle de fleur.

Il en était à sa seconde pinte
Et allait s'en aller,
Raisonnable,
Dire au revoir au troquet.
Mais au revoir c'est si fâde,
Si triste, si maussade.
Au revoir.
Adieu.
Bonsoir.
Au soir, bon dieu !

Il allait donc quitter le comptoir
Lorsque entra un homme au teint pâle,
Au teint blafard,
Aux yeux creux,
Aux sourcils broussailleux
Mais au sourire faussement éclatant.
Notre balayeur le mira
Tandis que l'homme demanda un whisky.
Il se disait,
Le balayeur,
Qu'il devrait plutôt prendre un Sauternes.
Terne comme son teint.
Sot comme son sourire.
Il ria.
Et comme il riait fort,
L'autre homme se tourna vers lui.
« C'est de moi que vous riez ? »
Lui demanda-t-il d'un ton d'acier.
« Du tout »
Lui répondit-il.
Mais ça ne voulait pas dire grand chose.
« J'allais partir »
Ajouta-t-il.
« Il est trop tôt pour partir.
Dit l'autre homme.
J'aime bien ta tête,
J'te paye un coup.
Et excuse-moi si j'te tutoie.
J'tutoie tous les gens qu'j'cotois,
Tous ceux qu'on l'air comme moi. »
Le balayeur regarda le costume pingouin de l'homme,
Le trois pièces, la cravate,
Se rassit.
Et d'un ton gai :
« Tu fais quoi dans la vie ? »
« Je vends mon âme »
Répondit l'autre homme.
Puis il se mit à rire.
Il buvait à bribes abattues
Et essuyait sa bouche avec sa manche,
Sa manche propre,
En bon état,
Sa manche rèche.
« En verité,
Je vends des voitures.
Du soir au matin,
Je vends notre air pur.
Et toi ? »
« Je te complète, moi.
Je balaye ta poussière,
J'enlève ta crasse.
Mais rougis pas, mon frère.
J't'en veux pas.
Allez, on trinque.
Toi avec ton whisky,
Moi avec ma pinte.
On trinque à la vie. »
Il firent résonner leurs verres.
« Trinquons à nous deux,
Rajouta le vendeur de voiture.
Trinquons à l'argent,
Trinquons au pouvoir
Qui nous sont promis.
Trinquons aux patrons,
Trinquons à l'espoir
Et, tant qu'on y est,
Trinquons à toutes les guerres,
Aux guerres de clans,
Aux guerres de gangs,
Aux guerres nucléaires,
Guerres par intérêts,
Guerres par amour,
Par avarice, par orgueil,
Par haine, par intérêt...
Mais celui-là, je l'ai déjà dit. »
« Faut dire que les intérêts
Ca importe,
Rajouta le balayeur.
Mais trinquons aux autres guerres,
Mon frère.
Aux guerres de religions,
Guerres de nations,
Guerres raciales,
Guerres fatales,
Guerres d'opinions,
Guerres de factions,
Guerres des nerfs,
Guerre de fer,
Guerres froides, guerres chaudes
Guerres de becs pour prises de sang,
Guerres dans la tête et balles révolutionnaires,
Guerres navales, guerres politiques,
Guerres de morales, guerres étatiques,
Économiques, démographiques,
Académiques, transatlantiques,
Océan de malheurs pour guerres Pacifique.
A Guernica,
A la guerre de Vingt ans,
Celle de Cent ans,
Celle des gosses de seize ans.
A toutes ces guerres,
Aux guéridons
Qui dirigent nos intérêts.
Parce que les intérêts »
« Ca importe »
Répliqua le vendeur.
Et à l'unisson,
Il éclatèrent de rire,
D'un rire gras,
D'un rire patriotique,
Fier d'être français
Quand ça l'arrange.
Parce qu'il est cardiaque,
Le patriote.
Et son coeur patriote flanche
Lorsqu'une bourrasque l'assaille.

Tout au dehors du troquet,
Il y a un clochard.
Il n'a pas de travail, lui,
Pourtant il est aussi saoul.
Saoul comme un balayeur,
Saoul comme un vendeur,
Saoul comme le soleil
Qu'est allé se coucher, lui,
Le salopard.
Comme si le monde s'arrêtait avec lui.
Mais les étoiles, elles,
Elles travaillent
Toute la nuit,
Tout le soir.
Et le clochard les regarde.
Il regarde leur lumière
Qui se reflète dans sa pupille
Et rebondit dans son oeil
Et ressort en double.
En tandis qu'il bave devant les étoiles,
Il ne fait rien,
Le clochard.
Il a trop bu
Et il peut pas bouger.
C'est bien le drame de l'humanité.
Se saouler,
Plus bouger,
Regarder
Les étoiles, le ciel noir,
Toujours pas bouger,
De temps en temps, crier
Juste pour crier,
Sans être écouté,
Mais juste regarder
Sans y penser,
Sans en rêver.

Mais alors qu'il fait l'humanité,
Il sent qu'on lui marche dessus.
Ce sont les deux hommes,
Le balayeur,
Le vendeur,
Qui ressortent
Bras dessus, bras dessous,
Du troquet.
« Eh ! Attention ! »
Cria le clochard.
« Oh, pardon. »
Répondent en choeur les hommes.
« C'est qu'on est pressés.
Y a une émission
Ce soir, à la télé
Et on veut pas la manquer.
Désolé, vieux frère,
On a pas de fric,
On a tout bu.
Parce que le liquide,
Ca se boit,
Quoi qu'on en dise. »
« Et ça saoule. »
Rajouta le clochard.
Et tous trois rirent
A l'unisson.
Tous trois.
Le clochard
Sur le trottoir,
Aux pieds des deux hommes
Qui sont saouls,
Saouls comme des agneaux...
Pardon.
Doux comme des barriques.
Et qui regardent les étoiles
Qui se moquent d'eux.
Les étoiles qui scintillent
Parce qu'elles travaillent pour le soleil
Pour faire tourner la machine.
Parce que ça tourne pas tout seul,
Faut pas croire.
Y a que les oiseaux pour penser.
Pardon, je n'ai pas finie ma phrase.
Pour penser que le monde tourne seul
Et qu'on est jamais mieux servis
Que par soi-même.

D'ailleurs, le voilà,
L'oiseau.
Il est gai comme un pinson.
Ses oisillons dorment,
Ragaillardis, rassasiés.
Et lui se pose sur le trottoir.
Le trottoir devant le troquet.
Le troquet rue du Général Margueritte.
Marguerite qui est une fleur,
Une drôle de fleur.
Et il voit les deux hommes rire
En partant.
Il rentrent chez eux,
Dans leurs foyers.
Et l'oiseau s'adresse au clochard.
« Quels inconscients. »
« Pourquoi cela ?
Répond le clochard
Il sont heureux. »
« Ils sont ivres,
Par heureux.
Il n'y a bien que les Hommes
pour croire qu'être inconscient
C'est être heureux.
Le monde tourne,
Il a besoin de personne.
Mais vous,
Les Hommes,
Les balayeurs,
Les vendeurs,
Les clochards,
Les menteurs.
Vous, vous croyez qu'il tourne pour vous
Et grâce à vous.
Alors vous vous grisez d'infini
En croyant faire avancer le monde.
Toi, le clochard,
Demain,
Tu sauras que j'ai raison.
Car ton monde il est là,
Sous tes mains
Et tu le sens bouger
Sous toi.
Alors tu bois
Pour oublier,
Pour t'oublier.
Mais tu n'oublies pas
Car tu sens le monde
Sous tes doigts.
Mais eux,
Ils vivent dans leurs mondes
Et ne se rendent pas compte
Que le notre avance.
Parce que le balayeur compte ses poussières,
Le vendeur ses chiffres d'affaire.
Mais ça revient au même.
Il n'ont plus le temps de penser.
Compter ses miettes,
Ses enjoliveurs,
Ses tâches, ses salpêtres,
Ses volants, ses moteurs...
Compter,
Car leur monde n'est que chiffres,
Leur monde que le patron a créé pour eux
Et qu'ils sucent comme une tétine
Chaque jour
De chaque semaine
De chaque mois
De chaque année
En se disant
Que c'est délicieux.
Jusqu'à ce qu'ils en aient la nausée
Et qu'ils vomissent leurs tripes,
Leurs poumons, leurs foies,
Leurs coeurs.
Le mot est lâché.
Ils vomissent leurs coeurs
Et cessent d'aimer.
Les chiffres n'aiment pas.
Ils n'ont pas le temps pour ça.

Mais il se fait tard
Et le monde tourne
Bonne nuit,
Bonne nuit clochard.
Et cesse de regarder les étoiles
Apathiquement.
Ce ne sont que des chimères.
Vol, vol de tes ailes
Et va voir sur la Lune si j'y suis. »
Et tandis que l'oiseau finit sa phrase,
Le voilà déjà loin dans le soir,
Loin dans le noir.
Sa silhouette disparaît,
Loin du troquet.

Le clochard reste là,
Pensant à ce qu'a dit l'oiseau.
Et le balayeur rentre chez lui,
Et le vendeur également.
Chez leurs lui respectifs.
Et les moutons sont bien gardés.
Ou sont-ce les poules ?
Allez savoir...
Et les voilà qui dorment
Dans leurs lits d'inconscients,
Dans leurs foyers inconscients,
D'un sommeil inconstant
Dans leurs foyers inconsistants,
Leurs foyers dans la rue doyen Alexandre Lamache,
Et dans la rue Maréchal Joffre
Près de cette rue,
Celle du général Margueritte.
Margueritte qui est une fleur
Et un général.
Un général inconscient,
Un maréchal inconscient,
Dans un monde d'inconscients,
Le soir,
Sur la Terre
Qui tourne
Tout seule.

16 mars 2008

Septième Nouvelle sur le premier thème

[Oui alors depuis un petit moment déjà, j'avais envie d'écrire. Alors voilà, j'ai pondu une petite nouvelle! Je vous le dis tout de suite, pour ne pas être déçu après: ce n'est pas une nouvelle à chute. Et il reste sûrement à améliorer mais bon, pour un premier essai... Enfin, voyez par vous-mêmes :D ]



Deux inconscients dans une cave


Elle prit sa main et le fit descendre les escaliers menant à la cave. Nathan hésita un moment, il eut un frisson puis se décida à descendre avec elle. Arrivés en bas, ils s'arrêtèrent et Nathan regarda autour de lui. Dans la cave, il faisait sombre et chaud. Une atmosphère lourde y régnait. Le genre d'atmosphère qui donne l'impression de s'étouffer. Nathan fut pénétré par l'angoisse que respirait cette cave et fut gagné par un profond malaise. Il se retourna et regarda Sarah, qui se tenait là, une marche plus haut. Elle n'avait pas lâché la main de son ami, ou plutôt n'avait-il pas eu le courage de lâcher la sienne. Dans ses yeux, il pouvait lire un léger sourire malheureux mais paisible. Elle était calme, un peu trop calme même. Devant eux gisait un cadavre dont les cheveux noirs couvraient à moitié le visage. C'était le visage d'un jeune homme. Nathan, le coeur battant, n'avait pas bougé d'un pas. Il contempla le corps inerte, serrant toujours de sa main moite celle de son amie. Le visage du jeune homme était intact ; ses yeux fermés comme s'il dormait, sur ses lèvres, serrées comme lorsqu'on a un cauchemar, Nathan put lire la crainte. Une main du cadavre était posée sur son torse, l'autre à côté de lui. Il avait vraiment l'air de dormir, mais il ne respirait pas, et il était trop pâle. Nathan se tourna une nouvelle fois vers la jeune fille et demanda en murmurant, chuchotant presque, d'une voix tremblante:
« Sarah... C'est toi ?
- Il le fallait, tu le sais bien.
- Mais, mais... Oui mais je ne pensais pas que tu pouvais... Il est mort ?
- Oui, il est mort. On était d'accord, il n'y avait pas d'autre solution, Nathan. »

Sarah dit tout cela d'une manière particulièrement calme, sa voix était douce, presque rassurante. Nathan tremblait maintenant, ses jambes peinaient à le soutenir et il serra la main de Sarah si fort qu'elle en devint rouge. Elle descendit la dernière marche et fit le tour du corps tout en tentant de garder Nathan debout. Il finit finalement par ne plus tenir et tomba à genoux à côté du cadavre. Il voulut pleurer mais n'en avait pas la force. Alors il ouvrit la bouche sans qu'aucun son ne s'en échappe, fit quelques gestes de désespoir, puis balbutia :
« Mais pourquoi l'avoir tué ? Tu ne pouvais pas faire autrement ?
- Il fallait s'en débarrasser.
- Mais... Mais pas le tuer !
- Nathan ! Il t'aimait bien trop pour te laisser faire... Tout nous serait retombé dessus s'il ne disparaissait pas.
- Mais, Sarah ! N'es-tu pas consciente de ce que cela signifie : la mort ? Il est mort ! Mort !
- Je le sais, qu'il est mort ! Faudra t'y faire... Et n'es-tu pas conscient, toi, de ce qui serait arrivé s'il était encore en vie ? »

Nathan, paniqué, menaça maintenant Sarah de la dénoncer, bien qu'il fût en quelque sorte complice de ce crime. Sarah, toujours tranquille, tenta de le calmer. Mais Nathan ne l'écoutait pas, la haine et la tristesse l'avaient envahi et il sentit ses forces revenir en lui. Il se leva et tenta de sortir de la cave tout en pleurant et en criant des choses plus absurdes les unes que les autres. Bien sûr Sarah lui bloquait le passage, elle ne le laisserait pas s'échapper. Elle commençait à perdre son sang froid. Quelques minutes durant, ils s'agitèrent ainsi dans cet endroit lugubre. Nathan devint de plus en plus incontrôlable et cela augmentait l'imprévisibilité de son amie. La situation devint enfin insoutenable pour Sarah et tout à coup, elle sortit un couteau. Nathan alors, se figea et tenta de capter le regard de sa compagne. Mais elle n'était plus avec lui. Ses yeux étaient vagues et elle regardait dans le vide, impossible de l'atteindre. Il la sentit brûler et vit un sourire sadique se dessiner sur ses lèvres, il cria mais elle ne réagit pas. Elle ne l'écoutait plus, elle ne l'entendait plus. Et en l'espace d'une seconde, c'était fini. Elle s'était ruée sur lui et avait planté le couteau dans le ventre de son ami. Nathan s'effondra à côté du corps de son frère.

Quand deux inconscients jouent avec la vie, la vie les perdra.

Sixième Nouvelle sur le premier thème

Bon c'pas une nouvelle, c'est juste une simple planche. Soyez indulgents et pas trop moqueurs, j'ai dessiné avec mes pieds...
(P.S. (ou PCF plutôt): je n'ai absolument rien contre les communistes, ils sont très gentils...)


Deux Inconscients (ou comment voir le monde à travers les yeux de Leibniz)

14 mars 2008

Cinquième Nouvelle sur le premier thème

Salut, c'est Bubus, voici ma nouvelle sur le thème de la semaine, enfin si on veut...

Kissous.

Prosélytisme.

"Au début je m'attendais pas à ça, enfin je m'attendais à rien vu que j'attendais personne pour ce soir 19h30, heure à laquelle ma sonnette sonne. Forcément je vais ouvrir la porte avec mon Ipod crachant un truc binaire dans mes oreilles, j'attends personne, j'ai pas à être poli ni présentable ni quoique ce soit qu'ils aillent se faire foutre. L'espace d'une seconde je me dis que c'est peut être un psychopathe nécrophile qui passait dans le coin pour me dire bonjour mais cet espace arrive toujours après le geste de tourner la poignée.

Et là, pétard mouillé c'est pas le facteur ni Freddy Kruger mais juste un mec mal rasé maigre rachitique petit insignifiant et au final terriblement banal qui est en train de se tortiller les pieds sur le goudron en tenant des prospectus. Je calcule rien je dis bonjour vous êtes qui le mec me réponds pas il me tends -non, il me jette, il se débarrasse d'- un prospectus en baragouinant un truc du genre jsuis là pour un méga événement. Moi je regarde l'affiche vite fait, le truc méga classe avec des belles couleurs trop stylées dans les ton orangés. Pendant deux secondes je me dis que c'est des stagiaires du nouveau CGR MÉGA CINÉMA qui vient d'ouvrir qui m'invitent à l'avant première d'un film de Mel Gibson sur la Passion du Christ. Avant de me rendre compte que j'ai affaire à un putain de Témoins de Jéhovah. J'ai jamais eu de rencontre avec une secte de ma vie et celle là s'annonce plutôt brève puisque le mec s'en va déjà prospecter les autres maisons les épaules rentrées et la démarche fatiguée, grise et soumise.

Alors je sais pas ce qui me pousse à engager la conversation, sans doute le désir malsain et ironique de m'épingler ce cadavre ambulant lobotomisé.
- Ah ouais, c'est bien ça !

Le mec se retourne et je lis l'espoir dans ses yeux, comme si j'étais le premier de la journée à lui formuler un avis positif sur ce qu'il m'a donné, comme si j'étais une goutte de Destop dans un univers bouché par de la merde, bref, comme si j'étais un portefeuille potentiel. Et là j'ai compris que ce mec était rien d'autre qu'un pauvre oiseau perdu dans une forêt trop grande et trop sombre pour lui et qu'il était en train de se faire aspirer et pomper de tout son être par la machine à broyer les gens dans laquelle il s'était consciemment engagé. J'ai compris qu'il n'était qu'une sous merde parmi les autres sous merdes, uniquement destinés à aller distribuer des merdes en sonnant chez les autres gens. J'ai compris que ce pauvre gars avait cru trouver une solution à tous ses malheurs en toquant à la porte de cette secte, que lui aussi avait été un jour séduit par un prospectus comme celui que je tenait dans ma main, peut être le même, présentant un Christ immaculé et serein et vantant tout l'amour qu'il peut apporter. Un oiseau tombé du nid se tenait devant moi. Je pouvais pas faire autrement que de l'inviter à entrer. Juste boire un thé. Parler un peu. Comprendre pourquoi il en est où il est. Rien de plus.

Je lui ai proposé du Yunnan, mon meilleur, celui qui requinque, le pauvre en avait bien besoin, lui le moineau écorché et penaud. Alors il a commencé à me parler, me raconter sa vie, comment il est rentré dans les Témoins il y a 1 an, après avoir perdu son boulot et sa copine, qu'il avait pas de famille, pas d'amis... Bref, le fantôme total qui avait besoin d'un truc pour se sentir exister et que ce truc était en l'occurrence une secte. Ce mec m'attendrissait et je lisais la sincérité dans son regard apeuré. Finalement, je me suis dit que j'allais lui acheter un truc, pas grand chose, une Biblounette ou un Manuel d'éveil de l'Amour Supérieur en promotion, mais un petit machin, histoire qu'il ait pas complètement perdu sa journée. C'est ma nature compatissante, j'ai jamais pu m'empêcher d'aider les gens. Alors je lui demanda ce qu'il avait a me proposer. Un sourire se dessina sur son visage.

Et là j'ai compris. Et lorsque le poignard s'est planté dans mon corps, j'ai attendu la mort en regardant le visage de son messager. Un visage malade et inhumain, qui ne savait pas sourire, mais uniquement faire un rictus sadique en se délectant de la terreur surprise de sa proie. Un psychopathe.

Nous n'avions été que deux inconscients. Mon Ipod et moi."

13 mars 2008

Quatrième Nouvelle sur le premier thème

Hello. Voici une nouvelle à l'eau-de-rose. Pour faire pleurer les grands-mères.

Deux inconscients

Ils se réfugièrent sous le manège du jardin d'enfants, comme pour se rappeler l'innocence des premiers jours. Là, Ils s'allongèrent et écoutèrent les gamins rire au-dessus d'eux, chacun sur son cheval ou sa moto. Puis Léo caressa le ventre de Sabrina, et ce fut le début de la fin.
-Relâche ta main mon amour, nous ne pouvons aller plus loin.
-Si, et nous le ferons. Notre amour est plus fort que tout.
Mais était-il plus fort que la raison, que la société ? Leur cachette n'était pas sûre, ils pouvaient être découverts à chaque instant. Et alors, ils seraient séparés à jamais, car Léo avait deux fois l'âge de Sabrina. Éternel combat d'un amour impossible…
-Ecoute ton désir, ma douce. Je le sens brûler dans tes veines, il réclame mon amour.
-Tout cela est fou, nous ne sommes que deux inconscients. Ne pouvons-nous attendre ?
-Non, ma bien-aimée. La vie est trop courte. Ce moment est toute notre âme, nous avons pu le voler, mais il coule entre nos doigts à chaque seconde.
-Je sais tout cela. Mais Dieu me punira si je réponds à tes désirs, notre différence d'âge est trop forte !
-Cela n'est rien, Dieu veut que tu acceptes tes propres choix. Tu es femme devant Lui et tu es amour devant moi.
Sa main se fit plus moite tandis qu’il la couvrait de baisers.
-C'est maintenant ou jamais. Sous ce manège, ou dans la honte. Je t'aime, Sabrina.
-Je t'aime encore plus.
Elle fit alors tomber sa robe. Il s'allongea sur elle et ne put attendre plus longtemps. Il la pénétra violemment et enflamma son âme. Elle répondit à cette étreinte plus sèchement encore. Et même quand ils atteignirent le paroxysme de leur union, ils ne s'arrêtèrent pas. Ils allèrent plus loin que jamais, explorant toutes les régions de leur corps, de toutes les manières possibles.

Dix minutes plus tard, le gardien du manège vérifia la sécurité de l'installation. Il fut intrigué par des bruits suspects et il regarda par-dessous la plate-forme. Et là, il fut surpris deux fois. La première parce que peu de couples se cachaient dans cet endroit pour laisser libre cours à leurs étreintes. La deuxième parce que Sabrina et Léo n’avaient que 2 et 4 ans.

(Nairod)

12 mars 2008

Troisième Nouvelle sur le premier thème

Le texte qui suit n'est pas une nouvelle, juste un sonnet qui sonne faux, parce que les rimes sont toujours suivies et jamais embrassées, et aussi parce que c'est un peu nul, mais ça c'est une autre histoire.

Deux inconscients

Regardez ces enfants qui vont perdre leur vie
Afin que leurs parents y gagnent un pays;
Regardez, il sont là, et le père et la mère,
Et ils laissent partir leur garçon à la guerre.

Regardez, observez; il n'a que quatorze ans,
Et il s'en va au front, tout petit, pour les grands.
Regardez-le, prêt à défendre leurs idées
Prêt pour cela à tuer ou à être tué.

Regardez son fusil : il est trop lourd pour lui;
Peut-être que demain sa vie sera finie;
Tout cela, il le sait; il est tremblant et blême.

Mais regardez, voyez : il part, il part quand même;
Dans son dos, ses parents, insoucieux de son sang,
Le laissent s'en aller, les pauvres inconscients !

10 mars 2008

Première Nouvelle sur le premier thème

J'ouvre le ballet avec une nouvelle sur le thème qui vient d'être ouvert.
Bonne lecture ;)

(Oh ! Dégouté ! on peut pas faire d'alinéas. Ca rend le texte moche, mais c'est qu'un détail après tout.)




Deux inconscients.



“Un doigt pointé, ce n'est pas grand chose, en définitive. Ce n'est pas grand chose, si l'on s'arrête au doigt. Mais si l'on va jusqu'au bout, et que, dans la continuité du regard, l'on ose faire face à l'objectif final que pointe ce doigt... alors, celui-ci prend une importance démesurée.”

C'est ce qu'elle avait pensé, au moment où il lui avait montré la dune.

“On y va ?”

Bien sûr qu'ils iraient. Elle le suivait.

“De là-haut, tout aura l'air beau, j'en suis sûr.”

Elle lui faisait tant confiance.


Il l'aimait pour son côté attentif, patient, et réfléchi. Il l'aimait car elle ne faisait jamais rien sans le savoir. Il l'aimait aussi quand elle marchait à ses côtés. Ses pas, dans le sable, plus petits que les siens, le passionaient. Ils traduisaient sa démarche si délicate, si sûre.

“Non foulé, le sable est beau. Foulé, il ne l'est que lorsqu'il est bien foulé. Il n'y a qu'elle qui sait fouler si bien le sable. Côte à côte, nos pas le rendent contrasté. Pauvre sable.”

C'est ce qu'il avait pensé, quand ils montaient sur la dune.


“Le soleil... il éclaire, il chauffe, et... il fait autre chose encore. Quelque chose d'ennivrant. De puissant. Une profonde sensation, mêlée à une odeur. C'est si particulier... Quelque chose qui monte dans le corps, le long du thorax. Si l'amour et le soleil étaient comparables, j'aurais pu comprendre.”

C'est ce qu'elle avait pensé, au moment où elle avait atteint le sommet de la dune, avec lui.

“C'est beau, non ?”

C'était magnifique.

“Viens.”

Elle se serra contre lui.


Il l'aimait bien trop. Bien trop pour qu'elle puisse vivre, bien trop pour qu'elle ait le droit d'exister. Quand il la regardait dans les yeux, il avait la sensation de ne plus pouvoir durer longtemps. Que l'éphémère était l'unique beauté. Qu'il fallait que tout vienne tout de suite, et que tout disparaisse aussitôt.

“Le vent peut être doux comme démesurément fort. Il ne semble pas maîtriser sa puissance ; il ne semble même pas aimer souffler. Quand il nous fouette, ses hurlements sonnent comme une désolation. À l'inverse, son immobilité fait raisonner les multiples chants qui nous entourent.”

C'est ce qu'il avait pensé quand ils étaient ensemble, sur la dune.


Ils se serraient l'un contre l'autre, de plus en plus fort. Ils s'oubliaient à deux, se retrouvaient à un.

“Tout est si droit, tout est si certain, tout est si marqué. Tout : un doigt pointé, le sable, le soleil, le vent, tout... Tout est si connu.”

C'est ce qu'ils avaient pensé quand ils s'étaient tués.


Peut-être n'étaient-ils que deux inconscients.