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9 avr. 2008

Sixième Nouvelle sur le deuxième thème

Nouvel écrit sur le thème "perdu". Stan, piètre joueur de poker, est près à tout pour récupérer son argent perdu. Bonne lecture.


La Chair En Vaut La Chandelle


23h58. Le Gasmoa’s Bar. Là où la ville vomit ses déchets avant de s’endormir. À la table de la seconde pièce en sous-sol, la partie de poker touchait à sa fin. L'air y était étouffant, mélange de fumée charbonneuse, de sueur et de cendres d'une souris volante.
Tony claqua de la langue et regarda au fond de l'âme de son adversaire. Leyla et Nico s'étant couchés, il était maintenant le seul contre Stan. Et y’avait pas mal de pognon en jeu. Tony était confiant, sa main n'était pas exceptionnelle mais Stan était l'un des pires joueurs du sud de la ville. Ce dernier stressait trop et respirait mal. Il desserra son noeud papillon et l'insecte s'envola. Il respira mieux et devenait plus confiant. Il voyait sa main d'un meilleur oeil, pouvant totalement être gagnante. Tony, mécontent de ce changement d'atmosphère, lui mit la pression :
-Grouille-toi bordel. C'est pas un choix compliqué. Tu suis ou tu t’écrases.
Stan mis en branle ses derniers neurones. Il devait suivre de 40 euros et c'est exactement la somme qu'il lui restait. Ainsi, s'il perdait une fois de plus, il serait ruiné. Mais putain, un brelan de valets mentait rarement, n’est-ce pas ?
-Je suis.
Stan débarrassa tout le fric de son carré de tapis pour le jeter dans la gueule de la mise, qui avala les billets goulûment.
-Pour voir.
-Ok.
Tony abattit (à l’aide d’un petit revolver de manche) ses cartes : brelan de rois.
-Tu fais mieux, Stanley ?
-Bordel, Dieu que non.
Ce dernier montra ses trois valets, lesquels affichaient maintenant une mine timide.
-Je t'ai encore plumé, ah ah. T'es vraiment minable.
-La chance finira bien par tourner.
-En attendant, je ramasse ton argent.
Tony attrapa la gueule de la mise et lui fit vomir les billets. Puis il les ajouta à son propre paquet, qui prenait beaucoup de poids à chaque tour. Il ne comptait pas pour autant suivre un régime. Celui de Stan, par contre, n'était plus qu'un cadavre de petit somalien.
-Alors, Monsieur Ruiné ? Tu dégages avec la queue entre les jambes ou tu restes à la table comme spectateur ?
-Je veux continuer. Je peux emprunter.
-On n’est pas dans un jeu vidéo. Pas d'emprunt. On se bat avec nos propres tripes.
Stan se caressa sèchement la barbe. Des poils restèrent entre les doigts ; et le pouce, ayant froid, s'en fit une petite couverture.
-Je continue, avec mes propres tripes.
Il prit son chapeau et le posa sur le tapis.
-Ce machin fera la mise de départ.
Leyla rigola, mais Tony acquiesça.
-Comme tu veux.
Nico prit les cartes et les mélangea. Il voulut faire la nouvelle donne, mais Tony l'arrêta.
-Tu dois couper le paquet d'abord. La règle est ce qu’elle est.
-Ah ouais, c'’est vrai. J'avais oublié.
Nico sortir de sa poche-revolver une machette africaine et se prépara à trancher le corps du pauvre paquet.
-Pas avec ça, idiot !
-‘Scuse.
Nico sépara des doigts le paquet en deux et mis la partie basse au-dessus. Il fit la nouvelle donne et Stan regarda ses cartes avec dépit. La chance s'était encore montrée pudique, cette sale vierge.
C’était à Leyla de parler. Elle balança 50 euros sur la moquette verte. Tony suivit et Nico renchérit de trente.
Stan n’avait plus de quoi suivre mais il ne se découragea pas pour autant. Il enleva son costume et le posa sur le tapis. Les autres ne furent pas satisfaits.
-C'est pas assez, ce ne sont que des frusques trouvées au puces.
Il se débarrassa alors de ses chaussures, de son pantalon et de sa cravate.
-Là ça fait le compte. Mais je renchéris de mon caleçon, mes chaussettes, ma montre et ma gourmette.
Si bien que Stan se retrouva dans le simple appareil. Leyla regarda de quoi son entrejambe était fait et elle émit des yeux évocateurs.
-Cette chair-là vaudra beaucoup.
-Ne fantasme pas. Contente toi de jouer.
Leyla suivit, idem pour Tony et Nico. Pour voir. Et Leyla les écrasa tous avec une suite de pique. La chance féminine, dangereuse.
Stan avait les larmes aux yeux. Oui, la chance tourne, mais pas pour ta gueule. Sûr qu'il avait sacrement mal joué depuis le début. Même une grand-mère aurait mieux géré son fric. Il ferait mieux de partir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. Limiter les dégâts, accepter la défaite avec humilité.
Ou alors, non. Pas question de fuir comme un mioche, il se battra jusqu'au bout et regagnera tout ce qu'il avait perdu. Ouais, ils vont morfler ces connards. A commencer par cette salope de Leyla, puis ce sale vicieux de Nico, et pour terminer, ce faux caïd de Tony. Il les renverra dans l'utérus maternel, dépouillés de leur compte en banque.
-Arrête de penser à des choses malsaines Stan, cherche plutôt de quoi continuer la partie. T'es à poil et sans personne pour t'aider... T'es clairement fini, accepte-le.
-Non... Je... J'ai des ressources insoupçonnées.
-Je suis curieux de voir où ça.
-Tu le sauras au paragraphe suivant.
Stan s'enfonça les deux premiers doigts de la main gauche au fond de la bouche et les mordit jusqu'à l'os. Puis il tira son poignet d'un coup violent et les deux doigts se séparèrent de la main. Stan les cracha sur le tapis. Le sang cramoisi se mélangea au vert de la moquette avec une classe exquise.
Leyla suivit, et Tony renchérit. Nico renchérit plus encore. La mise montait bien haut. 500, 600... Stan voulut encore continuer. Il se leva et monta sur sa chaise. D'un saut sec et puissant, il plongea vers le sol, son bras droit en avant. L'épaule se brisa et le bras pendit lamentablement le long du corps. Stan put alors l'arracher facilement de sa main valide. Il le déposa sur le tapis et esquissa un sourire crispé de souffrance.
-Sacré courage Stanley, mais ça ne fait pas le compte.
-Mais j'ai pas encore fini.
Il s'aiguisa les ongles avec son as de pique. Quand ils furent parfaitement tranchants, il se planta trois doigts dans le globe oculaire gauche et en arracha l'oeil.
-Avec ça en plus, j'atteins la mise, hein ?
-Ouais, on va dire que ça va.
-Mais je ne vais pas vous laisser me braire comme ça à chaque fois. Je vais renchérir plus encore.
-T'as bien réfléchi aux conséquences ? J'espère que t'as vraiment une bonne main, sinon ton bluff te fera plus mal à toi qu'à nous.
-Ta gueule. Je sais ce que je fais.
Stan s'agrippa la peau du pénis et la tira d'une longueur suffisante pour se l'enrouler autour du pied. Puis il démonta sa mâchoire et en détacha les incisives. Il les coinça entre la paume et les doigts pour en faire une lame et il trancha son engin d'un coup sec. Il tomba de son siège dans un cri de douleur. Leyla ramassa le sexe sur le sol et le posa sur le tapis. Nico considéra la valeur de ce pot et rendit ses cartes.
-C'est trop pour moi, je me couche.
-Moi de même, déclara Leyla. Ce bout-là ne m'excite pas quand c'est mort.
-Ah ah, alors c’est la fin de la route, annonça Tony. Stan est à la croisée des chemins.
La figure de ce dernier était maintenant violacée, tous ses nerfs étaient à vifs, son sang coulait abondamment sur le sol.
-Tu veux un verre d'eau ?
-Non merci Tony, finissons rapidement.
-Oh non, ne brusquons pas les choses. On en est à 1000 euros de mise environ, ce qui fait... Un sacré montant quand même. Alors qu'est ce qu'on décide ?
Stan regarda ses cartes. Son carré lui souriait pour l’encourager.
-T'inquiète pas, on va plumer ce connard !
-Je sais pas, vous êtes plutôt des hypocrites, vous les carrés.
-Je te dis que cette-fois çi c'est la fin. Ta bonne fin. La Victoire.
Stan essaya de réfléchir. Il ressentait les picotements de son épaule, de son oeil et de son entrejambe. Tout cela l'empêchait quelque peu de se concentrer. 1000 euros. Ticket pour un rêve américain. Une foutue chance pas gentille, et Tony qui ne perdait jamais. Mais c'était là son ultime moyen de tout récupérer. Maintenant ou jamais. Tout perdre ou tout gagner.
-Je veux qu'on se fasse un quitte ou double, Tony.
-Qu'est ce que t'entends par là ?
-Rien de compliqué. Juste TOUT ton fric, contre ce que j'ai de plus précieux.
Tony s'alluma un autre cigare, en tabac véritable de tigre Australien. La fumée lui donna confiance en soi.
-C'est d'accord. Quitte ou double de chez quitte ou double.
Il écarta les bras et avança les centaines de billets au milieu du tapis.
-A toi mon chou, mise toute ton âme.
Stan emprunta alors la machette de Nico. Il se la posa sur la nuque et respira fortement. Puis, grâce à un courage inhumain, il se trancha le cou de trois frappes successives. La tête se détacha du corps et roula jusqu'au milieu du tapis. Tony hocha le menton.
-Très bien, t'as payé pour voir.
Sûr de sa victoire, il étala ses cinq cartes. Carré de dix.
-Je suis encore gagnant, j'en suis sûr. Ah ah ah.
-Et bien non. La chance a enfin tourné ! Voici mon carré de dames, connard.
Tony s'évanouit. Il s'était fait volé par un gosse minable. Un sort pire que la mort. Lui, le dragon du Gasmoa, avait tout perdu face à un simple carré de dames.

Stan essaya de réjouir, mais il souffrait trop. Son corps décapité mourut six secondes plus tard.

Fin.

(Nairod)

24 mars 2008

Cinquième Nouvelle sur le deuxième thème

Mon deuxième écrit pour le thème Deux supportera mieux d'être lu en cliquant sur ce lien : http://cjoint.com/?dytScLKzg3

Je le poste aussi ici, mais en petite taille (et toujours sans alinéas, désolé) car il est assez long.
Bonne lecture.


La Sixième Patte du Chameau des Glaces

On était samedi quand ça s'est passé. Je faisais du sport de canapé avec une fille ramassée sur le boulevard. Les filles moi je les ramasse toujours aux alentours de 14 heures. Pourquoi ? Parce qu'elles ont le ventre plein du repas de midi mais pas la chatte dégeu des saloperies du soir. Je m'amuse avec de la chair pleine et propre, et on se chevauche que sur le sofa, parce que le lit c'est sacré. Comprenez, y'a que moi qui a le droit de rouler dessus. Et parfois, j'astique mon vélo en m'endormant. Ah ah.
Il était 16 heures quand Tom m'a appelé. T o m, l'handicapé de la vie. Et j'ai décroché comme un pauvre con. Ouais, j'ai lâché la fille pour discuter avec ce loser fini, et encore plus fini qu'après la soirée d'hier.
-Léo ? Ouf t'es là ! Viens au loft, c'est urgent.
-Hey, du calme, tu me prends pour un chien ou quoi ?
-Je suis dans une angoisse si totale que tu devrais déjà être là.
Il raccrocha là. J'ai réfléchi deux secondes puis je me suis rhabillé et j'ai dégagé la fille et je me suis cassé. Un mec normalement constitué n'aurait jamais fait ça, plaquer un coup d'enfer pour se plonger dans une galère avec un bourge-junkie comme Tom, mais moi j'étais trop poussé par la curiosité. Et un mec au fond de l'abîme c'est toujours plus drôle à voir qu'une fille qui se fourre l'abîme.

Je débarque dans son loft dix-minutes plus tard. Tom a une allure de cadavre croisé avec un... Non d'abord faut que je vous parle de son loft. C'est un 800 mètres carré dans un putain d'immeuble haussmanien. Comment il a fait pour se payer ça ? Sale coup de chance. Au départ c'était un étudiant nantais comme moi. On se branlait dans la même fac quand un jour on a décidé de se casser à Paris pour goûter à une autre vie. On s'est trouvé un studio minable dans le XIIIème si petit que si on était deux dans la chambre-cuisine-salon, on était obligé de se toucher. Tom n'en pouvait plus.
Et au bout de quelques mois, il a reçu une lettre. Sa grand-mère venait de mourir et il héritait de son appartement. Il a direct' quitté notre piaule pour ce loft de malade, sans se poser aucune question. Ni même pourquoi sa grand-mère pouvait mourir une deuxième fois, tous ses grands-parents étant morts depuis sa dixième année. Le pire est qu'il a même pas été à l'enterrement de la vieille.
Ouais donc, ce jour-là il avait vraiment l'air mal. Aussi crade dans ses fringues que dans sa tête. Il m'a ouvert un peu sa porte et eut l'air soulagé de me voir.
-Hello.
-Putain t'as été long, j'aurai eu le temps de mourir dix fois.
-C'est quoi le problème d'aujourd'hui ?
-Une vraie connerie : j'ai perdu Charlie.
-C'est qui Charlie ?
-Quelqu'un que je dois retrouver, sinon c'est un cadavre que t'auras en face de toi.
-Tu veux que je t'aide à trouver où est Charlie ?
-Je t'en supplie.
-Et le mage et le petit chien avec son os à la con aussi ?
-Te fous pas de ma gueule.
Je remarquai alors que j'étais toujours sur le palier.
-Alors fais-moi entrer.
-Ah ouais, excuse, je suis dans les vapes.
-Je sais. Moi aussi.

Trois minutes plus tard on était cloués au divan sept places en peau de crocodile, un verre de Breizh Cola dans chacune de nos mains.
-Alors, c'est qui Charlie ?
-Tu te souviens de Jessica ?
Tom vivait seul mais il ramenait dans le lit en or massif une fille par nuit. Parfois deux, ou trois, et même douze. Son plan de drague était simple : "Salut moi c'est Tom, j'habite dans un loft, tu veux visiter ?". Il accosterai les filles avec un bras en moins et la peau du visage brûlée jusqu'à l'os, la réponse serait la même. Le jeudi il ramène des gamines vraiment spéciales, qui l'invitent ensuite dans des soirées bien tordues. La plus spéciale qui est venue chez lui s'appelait Marie. Elle avait de sacrées formes, mais était trop poilue. Enfin c'est un peu normal pour une chèvre, me direz-vous.
-Jess... La fille de la nuit du lynx rouge ?
-Non, celle de la fête des vénitiens.
-Peut pas m'en souvenir alors, on était tous masqués.
-Ouais mais elle avait un tatouage marrant sur la cuisse. Y'avait marqué "y=ax+b".
-Ah ouais, je me rappelle. C'était la nuit juste avant que je me casse au Canada, pour deux ans.
-C'est ça. Et bien, en fait je...
-Tu ?
-Je me suis marié avec elle.
Je m'étranglai avec le coca et allai vomir sur le cactus, au balcon. Tom me rejoignit.
-Putain, marié, toi. C'est affreux.
-C'est pas grave Léo, on a été heureux nous deux.
-Comment t'as fait ta demande ?
-Au cinéma. J'ai mis la bague dans le paquet de pop-corns.
-Quelle classe.
-Mais elle a pas vu et s'est étranglée avec. On a du lui couper la gorge à l'hosto pour sortir l'anneau, mais elle s'est rétablie quelques jours après.
-C'était quoi le film à l'écran ?
-Un truc génial. L'histoire d'une colonie de Chameaux de la Banquise qui avaient tous cinq pattes, mais y'en a un qui naît avec une en plus. Les autres sont dégoûtés et le chassent de la tribu. Alors le petit chameau il s'en va dans le l'Extreme-Nord, tout triste. Et à la fin il meurt de froid, tout seul.
-Woah, quelle profondeur morale !
-C'est clair.
-Et elle est où ta femme maintenant ?
-On a divorcé avant ton retour. Je ne l'ai plus revue depuis mais on se cause sur msn.
On se tut pendant quelques instants, et regardera les petites voitures courir sur le béton. La vue du reste de Paris était belle aussi, on pouvait même voir un peu le soleil à travers les couches de pollution. La cime de la Tour Montparnasse était enfoncée dans un nuage violet. Cette image avait quelque chose d'excitant.
-Bref, c'est quoi le rapport avec ton pote Charlie ?
-C'est pas mon pote, c'est mon fils.
-Aaaaarrrg...
Je vomis encore. Cette fois-ci par dessus la rambarde du balcon. Un costard-cravate sur le trottoir se prit tout sur la gueule et fut quelque peu mécontent.
-Sérieux ? Un gosse ? Mais qu'est ce qui t'as pris !?
-C'est Jessica qui m'a pris, gros malin.
-Je t'aurais pas cru si faible.
-C'est bon, arrête là. Ecoute-moi plutôt. Elle a obtenu la garde mais je vois encore mon fils un week-end sur deux. Je le récupère à l'école le vendredi soir et je le redépose le lundi matin.
-Et tu m'as caché ça depuis tout ce temps ? J'arrive pas à le croire.
-Seulement depuis ton retour. A peine quatre mois, quoi.
-C'est quatre mois de mensonges.
-Demain, l'assistance sociale débarque pour déterminer si je suis encore un père digne de mériter l'aide financière de l'Etat ou pas. Il est évident que non car de ce gosse j'en ai à rien foutre, mais je veux garder mes allocations, bordel.
-Qu'est ce que t'en as besoin de ce fric ? T'as vu dans quoi tu vis ?
-Le loft est beau mais il ne me paye ni mes fringues ni ma connexion à Internet.
-T'as qu'à travailler.
-Ha ha. Je suis mort de rire.
-Bon, ok, je vais t'aider. Quand t'as su que tu l'avais perdu ?
-Y'a une heure, quand je me suis levé.
-Et la dernière fois que tu l'as vu ?
-Hier, à 21h. Je devais te rejoindre au Gasmoa et je l'ai laissé ici.
-Ah ah, il était dément ce bar hein ? Sacrée soirée, clair.
-Ouais donc hier soir, Charlie arrêtait pas de chialer, de faire ses putains de rotomontades, et moi je veux partir. Alors qu'est ce que je fais ? Hein ?
-Tu le cloues devant la télé. Elle lave son cerveau avec ses conneries et le transforme en momie en quelques secondes.
-Non, j'ai fait mieux en mettant du cognac et des somnifères dans son biberon.
-C'est une bonne idée aussi.
-Et je suis revenu peinard vers 5h du mat' avec la brune aux yeux jaunes.
-Ouah, comment t'as fait pour l'avoir ? Elle était aussi coincée qu'une none croisée avec la reine Victoria.
-Je l'ai impressionnée. Je me suis foutu à poil face à la devanture d'une église, ce genre de truc.
-Classe.
-Elle est tombée par terre en arrivant ici, mais elle a pas voulu se déshabiller. Elle voulait prendre un petit dèj d'abord. Mais pas un truc minable, non, plutôt un repas royal. Alors j'ai fait des tartines au fois gras et j'ai mis un canard premier choix au four puis j'ai mis la table avec bougies et rose dans un vase, tu vois le genre. Mais en fait elle m'a sauté dessus après sa deuxième tartine et on baisé sur la table et le vase est tombé et s'est brisé.
Ensuite elle s'est cassée et moi j'ai dormi plus de dix heures et je t'ai appelé et voilà.
-Elle était bien, la brune ?
-Je... Je me souviens plus de rien. On a bu pas mal. Elle avait ramené une bouteille de vin rose avec des trucs verts qui flottaient dedans. C'était chouette. Bref, Charlie est encore dans cet appart'. Ou alors c'est Superman et il s'est envolé par la fenêtre.
-Et t'as besoin de mon aide pour le retrouver alors qu'il est ici ? C'est pas croyable.
-Ecoute Léo, ce loft a dix-huit pièces, c'est un vrai labyrinthe et j'ai pas toute ma tête. Alors si tu veux pas m'aider, casse-toi maintenant. Sinon, commence à fouiller.
-Heu... Je... Bon d'accord, je vais t'aider.
-Merci.

Trois heures. Trois heures à fouiller les moindres coins de tout l'étage, surtout là où s'y attend le moins. Intérieur des murs en bois et plomberie des chiottes compris. Je me suis coupé le pied trois fois avec les morceaux du vase en plein milieu du salon. A la fin j'ai compris qu'il fallait passer un coup de balai. C'est là que Tom est revenu.
-Je t'ai pas demandé de faire le ménage.
-Je suis en train de sécuriser la zone pour la libre circulation des jambes.
-Bien.
-Où t'étais passé ?
-Je pionçais.
-Il est si petit que ça ton gosse ?
-Dix mois. Et ouais, il est plutôt faible pour son âge.
-Cette histoire me rend dingue. On le retrouvera pas comme ça. A toi de te souvenir de ce que t'en as fait de ton mioche.
Sur ce, je lâchai le balai et allai pisser. C'est pendant que je déchargeai que je m'aperçus que je n'avais pas encore regardé derrière le rideau de baignoire. Je m'étais juste dit que le gosse était trop petit pour grimper tout ça. Je tirai la chasse d'eau et me dirigeai vers la douche quand Tom apparu derrière moi et cria.
-Mais ouais bon sang ! C'est là ! Je me rappelle ! J'ai montré Charlie à la brune et elle a dit qu'il sentait pas la rose. Alors je lui ai donné un petit bain. Et ensuite je l'ai laissé là pour aller me faire la fille tranquillement.
-T'es vraiment dingue Tom, on donne pas des bains à un si petit enfant.
J'étais néanmoins rassuré d'en avoir fini. Je tirai alors le rideau et on regarda dans la baignoire. Mais ce n'était pas Charlie dedans, plutôt un énorme canard de luxe, qui avait un bec narquois à la Donald Duck.
-Tiens, je croyais l'avoir mis au four. Qu'est ce qu'il fout là ?
-C'est moi qui te pose la question, Tom.
-Crois-moi, j'en sais rien. Mais je devais vraiment, vraiment être stoned hier soir.
Une idée affreuse me traversa alors l'esprit. Ne pouvant la rejeter, je dus aller vérifier. Je me suis précipité dans la cuisine et j'ai ouvert le grand four, incrusté dans le mur de marbre. Charlie était bien là-dedans, calciné jusqu'à l'os, tel un foetus avorté dans une chaudière à charbon.

Le lendemain matin, l'assistante sociale s'est pointée. J'ai eu l'idée de ramener le bébé d'une amie de soeur, qui était mignon tout plein. Tom a joué au père modèle avec celui-là et le leurre a fonctionné, il a gardé ses allocs. Quand l'assistance sociale est partie, Tom s'est allongé sur le sol et a pleuré.
-Dis-moi Léo, comment j'ai pu faire ça à mon propre fils ? Dieu, non... Pourquoi moi ?
-Personne n'a la réponse. C'est juste une fatalité de plus. Des choses arrivent, passent, et s'oublient.
-Non, je ne pourrais jamais oublier ça.
-Au final, il se peut que si.

J'ouvris la porte et sortis. J'avais besoin d'un bon repas, peut-être chez le chinois du bout de ma rue.


FIN


(Nairod)

22 mars 2008

Quatrième Nouvelle sur le deuxième thème

Voici ma première nouvelle pour ce deuxième thème 'perdu'. Désolé pour les pubs présentes, mais c'était nécessaire.

Las Vegas, Nevada.

Chris gara sa Lamborghini face à la devanture du Rio Golden Palace. Le portier vint lui ouvrir et lui faire des rodomontades de compliments sur son costume.
-Je suis ébloui par sa lumière, c'est celui de Tony Montana, n'est-ce pas ?
-Tout à fait mon petit, c'est que t'as de la jugeote dans la plomberie neuronale, dis-donc !
Chris lui glissa un billet de 500 dollars dans la main et glissa sur le tapis rouge jusqu'à la réception.
-Oh ! Monsieur Chris, vous êtes en forme aujourd'hui.
-Merci poupée. Tu sais que tu es plus belle que la dernière pouffe du feuilleton qui passe en prime-time ?
- Monsieur, vous... Me faites rougir, han.
-Arrête de parler comme pendant l'orgasme, je vais croire que tu simules.
-Je m'en voudrais de vous mentir, monsieur.
-Je vais vérifier ta bonne foi.
Il passa derrière la réception et pris lui-même sa clé de la main droite pendant que la gauche était occupée sous la jupe de l'employée.

Il débarqua dans la Suite Royale avec un bouquet à la main. Il l'offrit à Clara qui bronzait nue sur le balcon et l'admira. Ses jambes, ses courbes, la pureté de son visage...
-Chérie, je t'aime avec toute l'intensité possible du coeur d'un homme depuis la première fois où je t'ai vue à la couverture de Closer.
-Moi aussi je te kiffe grave, bébé.
Il rentra dans la chambre et se déshabilla et se détailla dans le miroir au cadre d'or massif. Ses pectoraux vigoureux, les muscles saillants de ses bras, la clarté de sa peau, la finesse de son visage et l'ampleur de son appareil génital.
Il enfila son maillot Christian Dior en fibres de platine et pris sa serviette Luis Vuitton en laine de requin blanc. Et ce fut quand il réfléchissait à la question cruciale -hammam ou sauna ?- que son iPhone sonna.
-Oui, allo ?
-Salut, Chris. Tu te souviens de moi ?
Nous y voilà, à ce coup de fil qu'il redoutait depuis tant d'années, à cette voix infernale et immortelle qui transformait son sang en des rivières de peur métallique.
-Oui, je me souviens de vous...
-Tout va comme tu veux ? T'es heureux ?
-Ouais ouais, je vais pas me plaindre. Y'a quelques nuages dans le ciel, mais c'est pas dramatique.
-Je vais arranger ça, et ainsi Clara bronzera bien plus vite.
Et la seconde d'après, toute la suite fut inondée d'une lumière et d'une chaleur exceptionnelle.
-Merci.
-Bref, tu sais pourquoi je t'appelles ?
-J'en ai une vague idée, mais si mes souvenirs sont bons, on ne devait se reparler que lors de ma mort.
-Certes certes, mais j'ai quelques petites complications.
-C'est pas très sympa de m'annoncer ça maintenant, tu sais.
-Non non ! Ne t'inquiète pas ! Tout va bien pour toi. J'ai besoin de ton âme maintenant, mais tu vas quand même pouvoir continuer ta vie tranquillement jusqu'à la fin.
-Ah ? Rien ne changera pour moi ?
-Je te l'assure, c'est juste un petit problème de protocole.
-Très bien. Alors je vais te la chercher.
-Ouvre juste la boîte et ton âme me parviendra directement.
-D'accord, je te rappelle quand c'est fait.
Chris posa sa serviette et enleva le Rembrandt au mur et composa la combinaison du coffre. Il vira tous les lingots d'or mais ne vit rien d'autre. Il soupira et ouvrit alors le dernier tiroir de la commode Louis XVI. Il dégagea toutes les étoffes et fouilla le double-fond. Mais il n'y trouva rien non plus. Il jura et alla dans la salle de bain et appuya sur le troisième carreau du bord de la baignoire. Une cavité s'ouvrit mais elle ne contenait pas la petite boîte grise qui contenait ce que Chris avait de plus précieux.
Il retourna sur le balcon et réveilla sa femme.
-Chérie, t'aurais pas vu la BOITE ?
-Ta BOITE ? Non, tu m'as toujours dit de jamais y toucher. Alors j'y ai jamais touché.
-Ouais mais tu sais, pendant les déménagements, par inadvertance, enfin tu vois quoi.
-Je te dis que non, et qu'est ce qu'il y à l'intérieur de si important ?
-Rien rien, t'occupe pas de ça.
A nouveau dans la chambre, Chris se mit à pleurer et à crier.
-BORRRDDDEEL. PUTAIN DE SAAAALOOOPE DE BOITTTEE.
Non, c'est bon Chris, on se calme.
Je suis calme, PUTAAAAINNN.
Y'a toujours une solution. Rappelle-le et arrange le coup. C'est juste une petite complication, rien de grave.
Ouais, c'est vrai. Je peux tout régler... Tout va pour le mieux.
Il prit son iPhone et fit la touche rappel.
-Chris ? J'ai pas reçu ce que tu me dois. Qu'est ce qui se passe ?
-Heu, en fait, heu. T'énerves pas Satan, mais j'ai perdu ma boîte.
Un lourd silence à l'autre bout du fil. Chris sentit une chose pire que la mort qui arrivait à grande vitesse pour lui bouffer le nombril.
-Tu n'es pas sérieux n'est-ce pas ?
-Vraiment, je suis désolé, mais ce sont des choses qui arrivent.
-Un marché est un marché, Chris, y'a rien de compliqué. Je t'offre tout ce que tu veux et tu m'offres ton âme quand je le désire. En perdant cette boîte, tu m'as trahi Chris. Y'a pas d'autres mots. Tu m'as violemment baisé !
-Oui mais...
-Ta gueule. Tu sais ce qui va t'arriver ? En plus de ton âme, je vais prendre ton corps, pour l'éternité ! Toute ta chair offerte aux pires Tartares de l'Enfer. Même Sisyphe sera jaloux de tes tortures. Je vais prendre grave mon pied, ouais !
-Non pitié, tout mais pas ça... Je t'en supplie, je ferais tout ce que tu veux, je te donne tout, J'IMPLORE TA CLEMENCE !
-Mmmh... Quand j'y repense, y'a peut-être un moyen de te sauver. Vois-tu, ce qu'il me faut c'est une âme. N'importe laquelle...
-Ma femme ou moi, c'est ça ? La perfection féminine ou l'horreur masculine ?
-T'as tout compris.
-C'est une question impossible, un foutu dilemme inhumain.
-Tu dois pourtant répondre.
-... Très bien. Vole l'âme de ma femme. Ne prends la mienne.
-Tu as fait ton choix. On est quitte. Tu es libre de dire la vérité à ta femme ou pas, mais son âme est à moi !
Satan raccrocha et Chris s'effondra sur le lit.

Clara le rejoignit quelques minutes plus tard. Sa peau était maintenant d'une couleur parfaite. Elle était venue pour s'excuser.
-Oui, je viens de me rappeler. J'ai laissé cette boîte dans l'Hôtel de Reno, je croyais que c'était sans importance. Je suis vraiment désolée !
-C'est pas grave Chérie, c'était rien, juste un souvenir de gosse.
-Je veux quand même me faire pardonner...
Elle s'allongea sur lui pour offrir ses entrailles. Elle ne tarda pas à lui crier des mots d'amour, auxquels il répondit faiblement.

Fin.

(Nairod)

Troisième nouvelle sur le deuxième thème

Mayday, mayday.


Les gens ne semblent pas me voir. Ils passent devant moi, sans jamais me regarder, trop soucieux de leurs petits tracas quotidiens. Ce monde m’a toujours paru étrange, je ne sais pas pourquoi. Tout paraît si futile, si abêtissant, en y regardant vraiment : qu’est ce qu’une vie ?
Travailler toute la journée de 8h à 18h pour gagner de l’argent pour se nourrir et acheter une télé, faire des heures sup pour gagner encore plus d’argent pour manger Bio et acheter deux télés, rentrer le soir fatigué dire bonjour à son conjoint manger bio regarder un film sur son lecteur DVD aller se coucher sans même avoir encore la force d’une libido. Ne pas voir grandir ses enfants. Devenir une ombre. Un fantôme. Partir en vacances dans le Loir-et-Cher pour entretenir l’espoir d’une vie heureuse d’un couple heureux et d’une famille harmonieuse. Se voiler la face perpétuellement. Réparer sa plomberie. Pleurer aux cabinets. Prendre des congés maladies. Exister, et mourir infesté par les regrets de toutes sortes. Par la culpabilité de n’avoir jamais su écouter ses enfants, ses proches. Par l’amertume issue d’une vie consumée dans la torpeur de la routine quotidienne.

Je suis perdu dans un monde que je ne comprends pas, et cela a toujours été comme ça. Dans les grands boulevards, on voit des magasins qui vendent des télés. 40 écrans aveuglant par leurs flashs commerciaux. 40 portes vers le rêve. Alors je rentre dans les grands magasins et je parle aux vendeurs :
- J’astique mon vélo en m’endormant.
Mais ils ne comprennent pas, ils ne comprennent plus, trop occupé qu’ils sont à bâtir le nid de leur future vie idéale. La poésie n’existe pas, elle n’a jamais existé. Les gens ne me voient pas, ne m’ont jamais vu.

Les discothèques jonchent les périphéries urbaines comme des feuilles mortes sur une pute morte. Etranges endroits où les instincts primaires de l’homme s’expriment enfin, de manière binaire et brutale. Où, enfin, l’homme vit de tout son soûl. Endroits apoétiques, où je n’ai pas ma place. Ceux qui en sont exclus n’ont d’autre choix que de se répandre en rodomontades avinées, et moi de passer entre eux. Comme un spectre. Aveuglés qu’ils sont par leur violence refoulée et contenue.
Je suis égaré dans une Terre qui ne signifie rien à mes yeux. Pourquoi ?

Parce que mon vaisseau spatial s’y est écrasé il y a 2 ans.

Ici Glöck. Terrabithia, si vous me recevez, aidez moi. Je vous en supplie. C’est l’enfer ici.

Deuxième nouvelle sur le deuxième thème

Bon je sens que si je balance rien ici, Pierro ne me lâchera pas la grappe de sitôt. Que dire pour introduire mon torchon ?
Les consignes sont respectées, mais j'y suis allé à l'arrache, c'est très mal inséré dans le texte. Et son rapport avec 'Perdu' est pas franchement évident. L'idée principale du texte est pas de moi, je l'ai juste réadaptée, en bon flemmard que je suis. Bon je m'attarderai pas sur mon style, que je trouve naze, surfait, vulgaire et même pas drôle. Je veux juste des retours, et pas que des positifs nom de Dieu !
Ah ouais si quand même, y'a moyen de trouver quatre références cinématographiques, c'est plus ou moins évident (et connu) je crois.

Ah ouais ! Je vais balancer des dédicaces, histoire de quipher.

Pour Pierro, qui m'a (re)donné envie,
Pour Apolline, qui m'a donné le courage,
Pour Paquerette, qui m'a donné l'orgueil...

Allez elles pètent pas mes dédicaces ? Baaaah si. Allez hopopop !








- Quand on souffre d’insomnies, on n’est jamais vraiment endormi et on n’est jamais vraiment éveillé.

C'est précisément ce que pensait Llewellyn en tentant de se convaincre qu'il était encore tout au fond de son pieu, un reste d'héro dans ses putains de canaux vasculaires. Il cracha nerveusement vers le sol un mélange de bile et de sang qui alla s'écraser sur le bitume. Il en avait vu d'autre, ça oui, mais des comme ça, jamais.

- Pas beau à voir, grommela-t-il en tirant sur un vieux bout de clope froid et ratatiné.

Le jeune policier qui prenait des notes à côté du brancard semblait sur le point de rendre ses tripes. Était-ce à cause de la moitié de visage qui manquait, de la traînée de cervelle sur les ratiches arrachées ? Llewellyn n'en avait rien à foutre.

- Pourris moi pas ce putain de cadavre, le bleu. Dégage.

Au moment précis où il étudiait de près la dentition dévastée de son patient, le vent fit voleter un prospectus publicitaire sur le drap qui recouvrait ce qu'il restait des jambes du jeune défunt.

« J'astique mon vélo en m'endormant », clamait un gamin retouché au sourire neurasthénique. Cet abruti photoshopé semblait réellement vouloir fourguer cette saloperie de produit nettoyant. Qui ne l'empêcherait pas de choper un foutu cancer, de picoler, de perdre ses gosses et finir en taule pour avoir renversé une mère de famille enceinte. Llewellyn cracha, jura et le piétina avec acharnement. Monde de merde.

Il sortit une flasque d'un truc très fort, et s'en versa une, deux, trois généreuses rasades dans le fond du gosier.

- A ce rythme là Docteur, faudra vous faire refondre la plomberie, grogna une voix éraillé dans son dos. Et me dites pas que vous tournez de l'oeil à la vue d'un foutu macchabée ! Vous êtes une foutue fillette, vieux !
- Commissaire, éructa-t-il. Épargnez-moi vos rodomontades. Et jetez un putain de coup d'oeil sur ce pauvre gamin.

Le visage du commissaire en question, qui en avait aussi vu d'autres, prit brusquement une teinte laiteuse. Llewellyn grimaça, le commissaire grimaça en retour.

- Vous en concluez quoi Doc' ?

Le légiste lança un regard derrière son épaule, en direction de la maison. Ou de ce qu'il en restait.

Le commissaire laissa échapper un juron long comme son bras. Le gazon qui s'étendait de la route à la bâtisse était sacrément amoché. Des mottes de terre gigantesques avaient été déracinées et jonchaient le sol déjà parsemé de débris divers, dans lesquels le commissaire cru distinguer un membre humain. Toute la devanture de la baraque était arrachée, et semblait avoir été happée vers l'arrière par une sorte de main gigantesque. Son regard vide et hébété remontait le long de la façade en ruine qui se dressait à moins de dix pas de lui. Les vitres avaient été soufflées dans l'explosion et on n'apercevait à travers leurs cadres carbonisés que le vide noirâtre de la fumée et de la désolation.

En fait, non. Pas tout à fait. En plissant les yeux, on pouvait deviner une sorte de surface métallique noircie et qui se dessinait en filigrane dans l'ombre grisâtre du renfoncement des fenêtres.

- Par la putain de Sainte-Vierge, décréta le commissaire, qui ne savait vraiment pas quoi penser d'autre.

Son regard venait de tomber sur un réacteur d'avion. C'aurait pu être une petite chiure de Cessna, un truc inoffensif, qui aurait juste occis le chien, point barre. Mais non, là c'était de l'avion de ligne transcontinental pure tôle, du genre à peser ses douze-treize tonnes et mesurer ses quinze mètres de diamètre au bas mot. Le bougre s'était nonchalamment abattu sur cette maison, écrabouillant l'un de ses occupants. Sans rien avoir à branler du hasard ou de la contingence.

- Par tous les foutus démons de l'enfer, d'où vient ce truc ?
- Du New York-Seattle de la United Airlines. Perdu dans le brouillard à 9000 putain de mètres.

21 mars 2008

Première Nouvelle sur le deuxième thème

Voilà, j'inaugure donc le thème "Perdu."
Juste un petit détail avant de commencer : j'ai complètement zappé les contraintes. J'avais oublié qu'il y en avait. Mais ce n'est pas grave, je pense que je n'aurais pas réussi à les caser de toute façon, ça m'aurait tout cassé.
Bon, allez, je me force pour ne pas dire du mal de mon texte - c'est difficile, d'ailleurs vous aurez remarqué que je n'y arrive pas encore tout à fait -, et je me lance :





Perdu.
Il était perdu, cette fois. Sans possibilité de retour.
Il parcourut encore deux ou trois mètres, exténué, puis se laissa tomber dans le sable. Il demeura inerte quelques instants, à respirer le vent marin venu du nord, puis se retourna et leva sa tête vers les étoiles.
Jamais il ne s’était senti aussi esseulé.
Ses oreilles n’entendaient plus rien d’autre que des hurlements de chiens aboyant à la mort. Son collier, ce fichu collier, pesait si lourd !…
Que lui restait-il à présent ?
En guise de repas, il n’avait rongé qu’un malheureux os, un os déjà bien entamé d’ailleurs par Dieu seul sait quelles misérables créatures…
Et son maître l’avait abandonné…
Il frissonna soudainement. Il ne pouvait pas rester sur cette plage… S’il s’arrêtait, il était fini, il le savait bien…
Alors il se remit à avancer, lentement, dans le sable, à quatre pattes, tournant le dos à la mer. Devant lui, il pouvait distinguer les lumières de la ville, multitudes de points colorés qui lui paraissaient aussi lointains que les étoiles elles-mêmes. Il ne parviendrait pas à survivre bien longtemps. Un chien sans son maître ne peut plus redevenir un loup. C’est trop tard. Le mal est fait. On ne peut plus retrouver la liberté après avoir perdu son indépendance. C’est comme ça. C’est la vie. Peut-être…
Il poussa un léger gémissement plaintif et s’effondra à nouveau. Pourquoi était-il venu jusqu’ici ? Il n’avait pas réfléchi… Il lui semblait qu’il était coincé entre quatre murs, qu’il était seul quelque part entre la mer, le ciel, la terre, et la ville…
Il n’en pouvait plus. Ses paupières se fermèrent et il vit, ou crut voir, une ombre confuse qui s’approchait de lui… Une silhouette encapuchonnée, flottant dans le noir, une faux à la main, deux lueurs rouges en guise d’yeux…
Elle lui dit :
« C’est le moment, mon brave. »
« Attendez… S’il vous plaît… Ne pourrai-je donc jamais le revoir ? »
« Non. C’est trop tard. Ton temps est révolu. »
Elle lui tendit la main. Mais il ne parvint pas à s’en saisir.
Il se sentit basculer sur le flanc. Tout ne fut plus que ténèbres.
Il ne rouvrit les yeux que plus tard, beaucoup plus tard, infiniment plus tard peut-être. Tout ce qu’il vit clairement, ce fut une grille devant lui. Au-delà, tout était flou ; il ne discernait rien d’autre que des formes arrondies remuant au-dessus de sa tête. Et il entendait, émanant de partout autour de lui, les cris désespérés de dizaines d’autres de ses semblables.
Il se sentit défaillir à nouveau. Avant de perdre connaissance, il se demanda quel jour il était. Un dimanche, sans doute. Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait que c’était un dimanche. Son sixième sens ne l’avait jamais trompé. Non. Jamais…