8 avr. 2008

Huitième nouvelle sur le premier sujet

Bon, je sais, je suis en retard. Beaucoup. Mais faut le temps qu'il faut, hein !
Voici donc "Dans un ciel de printemps", une poésie en vers libres sur le thème "Deux inconscients".
(Si c'est trop long, on peut essayer de trouver une combine. :o )


Dans un ciel de printemps
Sortant tout droit de l'hiver.
Dans un ciel de printemps
Volait une hirondelle.
D'un air penseur,
Elle ramenait à ses oisillons
Qui l'attendaient dans le nid, affamés,
Des vers qui les rassasieraient.

Mais c'est qu'il était distrait,
L'oiseau.
Et pas bien réveillé.
Et comme il pensait,
Il pensait à Paris,
A Montmartre, à la Tour Eiffel,
Aux Champs Elysées, à l'Arc de Triomphe,
Au périphérique encombré
Et au métro porte de Clignancourt,
Il s'engouffra dans une bourrasque
Et ses ailes furent secouées,
Et ses plumes firent des bonds.
Car il était cardiaque,
L'oiseau.
Et il cru bien y passer si,
Par hasard,
Il n'était pas tombé sur les lignes à haute tension
Qui lui ramenèrent son afflux sanguin.
Dans sa chute,
Il lâcha son festin
Qui alla s'écraser
Rue du Général Margueritte,
Près de la ligne de train,
Sur l'épaule d'un pauvre ahuris
Qui, les yeux dans le vagues,
S'en allait au troquet du coin.

Cet homme-là était agent d'entretien
Et il se levait
Chaque matin
Pour balayer,
Épousseter,
Briquer, cirer,
Récurer, aspirer...
Et il avait mal au dos,
Le balayeur.
Non pas que son balais fusse lourd,
Mais il fallait bien se pencher,
Rue du Printemps,
Pour ramasser son argent,
Rue du Balais,
Rue de l'argent,
Rue du Printemps de l'argent,
Rue de l'argent au printemps,
Rue de l'argent en ballets.

Il s'en moquait
Le balayeur.
Il gagnait son pain,
Le ramenait le soir au foyer.
Quelques fois,
Il s'arrêtait au troquet
Et buvait une ou deux pintes,
Rarement plus.
« Pas de quoi s'arracher les cheveux.
Se disait-il
Un ou deux coups
Et après je serai pile poil à l'heure -
Si tant est que l'heure aie des poils -
Pile poil à l'heure pour ma série télé. »
Il entra dans le troquet,
Salua le patron,
Demanda une pinte
Et épousseta d'un geste mécanique
Les miettes de pain sur le comptoir
Avec sa manche,
Sa manche déchirée,
Le comptoir crasseux,
Collant, poisseux
Du troquet l' « Aiglon »,
Près d'un pont,
Rue du Général Margueritte.
Marguerite qui est une fleur
Et un général,
A un « t » près.
Quelle drôle de fleur.

Il en était à sa seconde pinte
Et allait s'en aller,
Raisonnable,
Dire au revoir au troquet.
Mais au revoir c'est si fâde,
Si triste, si maussade.
Au revoir.
Adieu.
Bonsoir.
Au soir, bon dieu !

Il allait donc quitter le comptoir
Lorsque entra un homme au teint pâle,
Au teint blafard,
Aux yeux creux,
Aux sourcils broussailleux
Mais au sourire faussement éclatant.
Notre balayeur le mira
Tandis que l'homme demanda un whisky.
Il se disait,
Le balayeur,
Qu'il devrait plutôt prendre un Sauternes.
Terne comme son teint.
Sot comme son sourire.
Il ria.
Et comme il riait fort,
L'autre homme se tourna vers lui.
« C'est de moi que vous riez ? »
Lui demanda-t-il d'un ton d'acier.
« Du tout »
Lui répondit-il.
Mais ça ne voulait pas dire grand chose.
« J'allais partir »
Ajouta-t-il.
« Il est trop tôt pour partir.
Dit l'autre homme.
J'aime bien ta tête,
J'te paye un coup.
Et excuse-moi si j'te tutoie.
J'tutoie tous les gens qu'j'cotois,
Tous ceux qu'on l'air comme moi. »
Le balayeur regarda le costume pingouin de l'homme,
Le trois pièces, la cravate,
Se rassit.
Et d'un ton gai :
« Tu fais quoi dans la vie ? »
« Je vends mon âme »
Répondit l'autre homme.
Puis il se mit à rire.
Il buvait à bribes abattues
Et essuyait sa bouche avec sa manche,
Sa manche propre,
En bon état,
Sa manche rèche.
« En verité,
Je vends des voitures.
Du soir au matin,
Je vends notre air pur.
Et toi ? »
« Je te complète, moi.
Je balaye ta poussière,
J'enlève ta crasse.
Mais rougis pas, mon frère.
J't'en veux pas.
Allez, on trinque.
Toi avec ton whisky,
Moi avec ma pinte.
On trinque à la vie. »
Il firent résonner leurs verres.
« Trinquons à nous deux,
Rajouta le vendeur de voiture.
Trinquons à l'argent,
Trinquons au pouvoir
Qui nous sont promis.
Trinquons aux patrons,
Trinquons à l'espoir
Et, tant qu'on y est,
Trinquons à toutes les guerres,
Aux guerres de clans,
Aux guerres de gangs,
Aux guerres nucléaires,
Guerres par intérêts,
Guerres par amour,
Par avarice, par orgueil,
Par haine, par intérêt...
Mais celui-là, je l'ai déjà dit. »
« Faut dire que les intérêts
Ca importe,
Rajouta le balayeur.
Mais trinquons aux autres guerres,
Mon frère.
Aux guerres de religions,
Guerres de nations,
Guerres raciales,
Guerres fatales,
Guerres d'opinions,
Guerres de factions,
Guerres des nerfs,
Guerre de fer,
Guerres froides, guerres chaudes
Guerres de becs pour prises de sang,
Guerres dans la tête et balles révolutionnaires,
Guerres navales, guerres politiques,
Guerres de morales, guerres étatiques,
Économiques, démographiques,
Académiques, transatlantiques,
Océan de malheurs pour guerres Pacifique.
A Guernica,
A la guerre de Vingt ans,
Celle de Cent ans,
Celle des gosses de seize ans.
A toutes ces guerres,
Aux guéridons
Qui dirigent nos intérêts.
Parce que les intérêts »
« Ca importe »
Répliqua le vendeur.
Et à l'unisson,
Il éclatèrent de rire,
D'un rire gras,
D'un rire patriotique,
Fier d'être français
Quand ça l'arrange.
Parce qu'il est cardiaque,
Le patriote.
Et son coeur patriote flanche
Lorsqu'une bourrasque l'assaille.

Tout au dehors du troquet,
Il y a un clochard.
Il n'a pas de travail, lui,
Pourtant il est aussi saoul.
Saoul comme un balayeur,
Saoul comme un vendeur,
Saoul comme le soleil
Qu'est allé se coucher, lui,
Le salopard.
Comme si le monde s'arrêtait avec lui.
Mais les étoiles, elles,
Elles travaillent
Toute la nuit,
Tout le soir.
Et le clochard les regarde.
Il regarde leur lumière
Qui se reflète dans sa pupille
Et rebondit dans son oeil
Et ressort en double.
En tandis qu'il bave devant les étoiles,
Il ne fait rien,
Le clochard.
Il a trop bu
Et il peut pas bouger.
C'est bien le drame de l'humanité.
Se saouler,
Plus bouger,
Regarder
Les étoiles, le ciel noir,
Toujours pas bouger,
De temps en temps, crier
Juste pour crier,
Sans être écouté,
Mais juste regarder
Sans y penser,
Sans en rêver.

Mais alors qu'il fait l'humanité,
Il sent qu'on lui marche dessus.
Ce sont les deux hommes,
Le balayeur,
Le vendeur,
Qui ressortent
Bras dessus, bras dessous,
Du troquet.
« Eh ! Attention ! »
Cria le clochard.
« Oh, pardon. »
Répondent en choeur les hommes.
« C'est qu'on est pressés.
Y a une émission
Ce soir, à la télé
Et on veut pas la manquer.
Désolé, vieux frère,
On a pas de fric,
On a tout bu.
Parce que le liquide,
Ca se boit,
Quoi qu'on en dise. »
« Et ça saoule. »
Rajouta le clochard.
Et tous trois rirent
A l'unisson.
Tous trois.
Le clochard
Sur le trottoir,
Aux pieds des deux hommes
Qui sont saouls,
Saouls comme des agneaux...
Pardon.
Doux comme des barriques.
Et qui regardent les étoiles
Qui se moquent d'eux.
Les étoiles qui scintillent
Parce qu'elles travaillent pour le soleil
Pour faire tourner la machine.
Parce que ça tourne pas tout seul,
Faut pas croire.
Y a que les oiseaux pour penser.
Pardon, je n'ai pas finie ma phrase.
Pour penser que le monde tourne seul
Et qu'on est jamais mieux servis
Que par soi-même.

D'ailleurs, le voilà,
L'oiseau.
Il est gai comme un pinson.
Ses oisillons dorment,
Ragaillardis, rassasiés.
Et lui se pose sur le trottoir.
Le trottoir devant le troquet.
Le troquet rue du Général Margueritte.
Marguerite qui est une fleur,
Une drôle de fleur.
Et il voit les deux hommes rire
En partant.
Il rentrent chez eux,
Dans leurs foyers.
Et l'oiseau s'adresse au clochard.
« Quels inconscients. »
« Pourquoi cela ?
Répond le clochard
Il sont heureux. »
« Ils sont ivres,
Par heureux.
Il n'y a bien que les Hommes
pour croire qu'être inconscient
C'est être heureux.
Le monde tourne,
Il a besoin de personne.
Mais vous,
Les Hommes,
Les balayeurs,
Les vendeurs,
Les clochards,
Les menteurs.
Vous, vous croyez qu'il tourne pour vous
Et grâce à vous.
Alors vous vous grisez d'infini
En croyant faire avancer le monde.
Toi, le clochard,
Demain,
Tu sauras que j'ai raison.
Car ton monde il est là,
Sous tes mains
Et tu le sens bouger
Sous toi.
Alors tu bois
Pour oublier,
Pour t'oublier.
Mais tu n'oublies pas
Car tu sens le monde
Sous tes doigts.
Mais eux,
Ils vivent dans leurs mondes
Et ne se rendent pas compte
Que le notre avance.
Parce que le balayeur compte ses poussières,
Le vendeur ses chiffres d'affaire.
Mais ça revient au même.
Il n'ont plus le temps de penser.
Compter ses miettes,
Ses enjoliveurs,
Ses tâches, ses salpêtres,
Ses volants, ses moteurs...
Compter,
Car leur monde n'est que chiffres,
Leur monde que le patron a créé pour eux
Et qu'ils sucent comme une tétine
Chaque jour
De chaque semaine
De chaque mois
De chaque année
En se disant
Que c'est délicieux.
Jusqu'à ce qu'ils en aient la nausée
Et qu'ils vomissent leurs tripes,
Leurs poumons, leurs foies,
Leurs coeurs.
Le mot est lâché.
Ils vomissent leurs coeurs
Et cessent d'aimer.
Les chiffres n'aiment pas.
Ils n'ont pas le temps pour ça.

Mais il se fait tard
Et le monde tourne
Bonne nuit,
Bonne nuit clochard.
Et cesse de regarder les étoiles
Apathiquement.
Ce ne sont que des chimères.
Vol, vol de tes ailes
Et va voir sur la Lune si j'y suis. »
Et tandis que l'oiseau finit sa phrase,
Le voilà déjà loin dans le soir,
Loin dans le noir.
Sa silhouette disparaît,
Loin du troquet.

Le clochard reste là,
Pensant à ce qu'a dit l'oiseau.
Et le balayeur rentre chez lui,
Et le vendeur également.
Chez leurs lui respectifs.
Et les moutons sont bien gardés.
Ou sont-ce les poules ?
Allez savoir...
Et les voilà qui dorment
Dans leurs lits d'inconscients,
Dans leurs foyers inconscients,
D'un sommeil inconstant
Dans leurs foyers inconsistants,
Leurs foyers dans la rue doyen Alexandre Lamache,
Et dans la rue Maréchal Joffre
Près de cette rue,
Celle du général Margueritte.
Margueritte qui est une fleur
Et un général.
Un général inconscient,
Un maréchal inconscient,
Dans un monde d'inconscients,
Le soir,
Sur la Terre
Qui tourne
Tout seule.

7 avr. 2008

Le Clandestin - Chapitre Quatrième

Chapitre Quatrième – Chaos :

J’ai lu un jour une théorie intéressante. Elle disait que, parfois, de l’ordre pouvait naître le chaos, engendré par un élément extérieur à cet ordre. Ainsi, même un grain de sable peut faire basculer de l’ordre au chaos.
Cela explique très bien ma vie…

Jersey, Octobre 1961…

Je venais de passer la nuit à travailler. J’allais de mon bureau à la salle d’archives, et de la salle d’archives à mon bureau. Mon seul but était de savoir pourquoi, pour qui… Quelle heure pouvait-il être ? De quelle journée ? Je n’en avais aucune idée… Je m’accordais une pause, extenué que j’étais. Je ne pouvais plus dormir. Non, je ne pouvais plus… Alors je m’évadais, rêvant, mais éveillé, conscient.
Lorsque deux agents entrèrent. J’en avais oublié que je n’étais plus dans mon bureau, mais dans la salle d’archive, allongé là, par terre, à regarder le plafond. De quoi aurai-je eu l’air ? Je feintai donc l’endormissement.
-Et tu vois il m’a dit que j… Oh ! Regarde donc ça. C’est le sergent… il s’est endormit ici, dit l’un des deux hommes.
-C’est si malheureux. Quelqu’un de si bien… Pas étonnant qu’il tombe à terre. Cela doit bien faire une semaine qu’il n’est pas rentré chez lui, faisant allers et retours entre ici et son bureau sans cesse. Il se tue à la tache…
-Si tu veux mon avis, je pense qu’il a pété les plombs. Un jeune homme si doué, si prometteur. Enfin, pas étonnant, vu le désordre dans sa vie en ce moment…
Tout est noir autour de moi, ma tête tourne. Je crois que finalement, j’ai trouvé le sommeil…

Le désordre…
Le chaos…


C’est affligeant comme la vie peut être faite, parfois. Une personne vous manque, et c’est le monde qui est dépeuplé…


Jersey, Novembre 1961…

Suite à mon aphasie, les policiers m’ont emmené à l’hôpital. On m’a alors fortement recommandé de me ménager un peu… Je n’eu pas d’autre choix que de rentrer chez moi, dans cet appartement, celui-là même où j’ai trouvé ma femme mourante…
Lorsque je posais le premier pas dans cet appartement, une douleur sans pareil m’envahit. Dans tous mes os, tous mes muscles, tout mon sang je pouvais ressentir ce chagrin qui mettait mes jambes à défaut. Je revoyais dans ma tête ces images d’horreur, ce sang, je ressentais la sensation de sa peau froide. Puis, sans même m’en rendre compte, des larmes coulèrent. Pour la première fois depuis bien longtemps, je pleurais. Larmes qui à la fois me brûlaient la peau, mais me permettaient également de ressortir cette douleur qui était dors et déjà en train de faire son nid dans mon cœur. Comme les larmes affluaient, de nouvelles images me revinrent à l’esprit. Des images de bonheur, des images d’elle, à la grande époque. Des images sans cruauté, sans haine, sans chagrin. Je pu faire ce second pas, puis un troisième… jusqu’à arriver à mon sofa. Je m’assis. La douleur avait disparu. Ou du moins, elle ne me torturait plus. Mais à la place, je ressentais la haine. J’avais un désir de vengeance, je voulais tout exploser, que tout ce qui est beau meurt, que tout ce qui est chaleureux perde son éclat. J’avais envie de tout gâcher… Mais j’avais surtout envie de faire payer aux personnes qui m’avaient fait ça.
J’avais déjà bien avancé, mes recherches m’avaient permis de faire un lien supposé entre ces cambriolages et la mort de ma femme. Ces vols avaient en fait été perpétrés non seulement toujours en pleine journée, mais également dans des maisons modestes. Affaire à l’aspect banal. Il m’aurait suffit de creuser un tout petit peu plus pour voir qu’en fait derrière cela se cachait une très grosse affaire… Mais c’est toujours dans les situations les plus critiques que la notion du travail bien fait prend tout son sens. Le point convergeant était non pas ces maisons, mais leurs propriétaires. Ils étaient tous d’anciens marins, et tous venaient du même bâtiment. Bateau qui, une semaine plus tôt, avait finit sa vie au fond des eaux. L’enquête avait révélée que le navire avait sûrement été coulé volontairement. Mais cette enquête n’avait pas été plus loin. Sans véritable raison, les investigations avaient été arrêtées. D’après un de mes indicateurs, on aurait retrouvé des traces de drogue dans les soutes, et c’est cela qui aurait poussé certaines personnes bien placées à ‘noyer le poisson’. L’affaire était d’autant plus grosse que quelques jours avant la visite de ce M. Crook, les corps de certains de ces marins avaient été retrouvés, pendus à des arbres avec un écriteau sur lequel il était écrit le mot ‘ESCROC’. A l’époque, l’enquête avait été confiée à un inspecteur plus expérimenté que moi, nous n’avions en effet aucune idée d’une quelconque relation entre ces meurtres et ces cambriolages. Maintenant, c’était évident. Restait à trouver quelles personnes étaient mouillées dans cette histoire. Et ce n’était pas une mince affaire… Il y avait un seul élément qui pouvait m’emmener à la réponse que je voulais : Ce Monsieur Crook.
Mon plan était prêt… Restait à l’exécuter. Mais, avant, il me fallait préparer ma sortie. Je décrochais donc mon téléphone afin de prévenir mes collègues de mon absence.
-Oui, allo, commissariat de Jersey, je vous écoute.
-Allo, Philippe. C’est moi.
-Eh ! Sergent. Comment vas-tu ?
-Oh… pas fort. J’ai la crève, et du coup, je tiens presque plus debout. Le médecin m’a dit de ne pas travailler aujourd’hui, au moins.
-D’accord. Eh bien, pas de soucis, on se débrouillera. Le médecin à raison, tu étais livide la dernière fois, tu ferais mieux de te reposer au moins toute cette semaine.
-Oui, pas de soucis. Merci.
-Dis, sergent…
-Oui ?
-Fais attention à toi, quand même, hein. Reviens-nous en pleine forme !
-Merci Philippe, je reviendrais très vite et avec la forme.
-Bonne journée.

Je raccroche le téléphone. La solitude, à présent. Je la sens couler dans mes veines. Je repense à toi, encore une fois… Comme cet endroit est vide sans ta présence.

On souffle, on respire un peu, s’accordant une pause dans cette jungle qu’est la vie. Puis celle-ci nous met à nouveau devant deux choix, deux chemins qui s’offrent à nous :
Le premier a une fin bien prévisible, mais amère. Un chemin bien clair, mais monotone.
L’autre est sombre et inconnu, mais intriguant et plein d’espoir.

Le choix fait, il est trop tard pour reculer. On ne peut plus que suivre sa route en espérant déboucher quelque part…

Je venais de raccrocher. Maintenant dans ma tête, deux voix raisonnaient. La première me disait de prendre cette première voie. La deuxième, elle, jouait de mes sentiments et m’encourageait à prendre la seconde issue. Ce que je fis…
-Bien bien… Voyons où tu vis, cher M. Crook.
Je mis la main dans les dossiers que j’avais emportés chez moi. Ceux, plus ou moins officiels, qui contenaient les noms des personnes sous surveillance. Une très bonne idée qu’un de mes associés avait eue, que j’avais mise en place très rapidement, et qui, ce jour-là, me rendait un fort grand service. Monsieur Crook y était, puisque j’avais demandé personnellement à ce qu’on l’y ajoute. En un quart d’heure, j’en savais assez sur cet homme pour pouvoir le retrouver. Non pas que le dossier était épais, bien au contraire, mais parce que j’avais là l’adresse de chez lui, de son travail. Il était malin, il savait qu’il était suivi. Ainsi, il avait réussi à semer ma taupe à maintes reprises et durant plusieurs heures, ce qui lui laissait le champ libre pour faire tout ce qu’il désirait sans être soucieux que j’en apprenne quoi que ce soit. Voila, je savais où le trouver, il fallait que je fasse du bruit, il fallait que je déchaîne mon courroux !

Tu as volé ma vie, tu ne partiras pas en emportant mon âme…

Bugling Eyes Chapitre 5

V- Où s'inaugura un saisissant « Si l'on jouait ? ».

Ainsi, l'irritation monta dans la baraka du grand idiot qui, toujours sur son mauvais apparat, faillit mais n'abandonna pas son combat « with da fucking jackass », dirait un gangsta du Bronx, « con il bruto tipo », dirait du mafiosi napolitains, la Cosa Nostra, ou, dirait un bon français, un futur au sol, abattu par un lourd produit. Plutonium bon riant - car ainsi l'intitulait un ami dans son instant plus coquin – cligna, tituba, finit par ragaillardir son corps, plus lourd qu'un gros tas d'un gros plomb, puis fit grandir sa voix.

-Ah la catin ! dit-il. L'amour fut pour moi un tsunami rock'n'roll au parfum citron.

Ainsi, il mira Uranus dans l'infini cosmos pour la bannir par son mot, lui parla.
Uranus lui dit alors :

-Qu'as-tu voulu dans ton souhait avoir, Ô mauvais animal ?

Il tournait fou.

-Nous voudrions du LSD goût chocolat, Ô mon poussin, pour qu'ainsi nous allions à Saïgon.

-Oublis ça, mon amour. J'ai pu t'assombrir, mais crois-moi si j'avançais qu'il s'agit avant tout d'un flash, Ô bon poison, Ô doux rapport à la mort. Il fut sûr pour nous, tu sais, qu'alors par la friction du plaisir commun à nos amours, nous finirions par nous haïr au fin fond du thanatos. Oublis ton pathos. Au nom du flash qui nous turlupinait, chantilly du plaisir, dis-moi, Ô mon futur, si tu souffrirais si, tous trois – toi, moi, l'amour -, l'on jouait au tarot du plaisir.

Plutonium, gai, ria fort. Puis il su qu'il allait faillir. L'initiation l'avait mis au front du fait à accomplir. L'irritation monta dans son cabochard. Un sinus mordit son pair, un sourcil vrilla, un poing raidit. Un gribouillis d'actions qui montra, par son accumulation, qu'alors un grand raid allait, s'organisant, pour pâlir Uranus. Uranus doit mourir. Soon.

Il s'avança jusqu'aux battants du grand appart'.

-J'ai un poisson à finir. dit-il, a priori sûr.

31 mars 2008

Le Clandestin - Chapitre Troisième

Chapitre Troisième – Le fil de la vie :

Comme l’avait plus ou moins dit cet homme, la vie ne tient parfois qu’à un fil… Un tout petit filin, balançant au vent. Et, brutalement, il cède, nous laissant à terre, avec comme seul espoir un petit fil entre nos mains, un petit rien.
Et on en vient à se demander à quoi joue la vie. Pourquoi nous met-elle là ? Que cherche t-elle ? Pourquoi tant d’épreuves ?

Jersey, Octobre 1961…


L’hôpital… Je commence à péter un câble. Elle est dans cette salle depuis déjà trop longtemps. Va-t-elle bien ? Et si elle était morte... ? Non, ça n’est pas possible, elle ne peut pas me laisser…
C’est à ce moment précis que le médecin, Georges Scrad, sort de la salle.

-Georges ! Comment va ma femme ? S’il te plait, dis-moi qu’elle va mieux…
Il prit alors un air désolé, celui que je l’avais déjà vu tant de fois prendre avec les familles endeuillées, puis il me dit :
-Ecoute… On se connaît depuis déjà bien longtemps, et je ne vais pas y aller par quatre chemins.
-Je… je t’écoute, lui dis-je, prêt à tout entendre. Si tant est que l’on puisse se préparer à apprendre la mort de sa moitié…
-Voila. Ta femme a été poignardée à 20 reprises et avec une violence rare. J’ai rarement vu ça auparavant. Elle a perdu beaucoup de sang, et des organes vitaux ont été atteints notamment le…
Il allait partir dans son bla-bla de légiste. Je n’avais pas la tête à ça.
-Georges. Epargne-moi tes comptes rendus du médecin compatissant, par pitié. Il s’agit de ma femme, bon dieu ! Comment va-t-elle ?

C’est là, à ce moment même où je m’entends dire ça, que je réalise… J’ai souvent dû annoncer à des familles la mort d’un proche, mais jusqu’alors, je ne savais pas à quel point cela pouvait être douloureux.

-Eh bien… Elle est salement amochée. En vue de ses blessures, je n’ai pas eu d’autre choix que de la plonger dans un coma artificiel…
-Qu… Quelles sont ses chances de s’en tirer ?
-Pour être sincère… je pense qu’elles sont quasi-nulles. Elle a perdu énormément de sang et, de plus, un des coups lui a transpercé le poumon droit. Si, par miracle, elle survit, elle ne sera plus celle que tu as connue. Je suis désolé…
-D… D’accord. Je te remercie, Georges… pour ta sincérité. Je… Je crois que je vais aller voir comment elle va et la veiller, si tu me le permets.
-Normalement les visites sont finies, mais pour toi, elles sont ouvertes tout le temps qu’il faudra. Tu peux aller la voir, si tu veux.
-Merci… encore.
-Pas de quoi. Je suis sincèrement désolé pour tout ça. C’est malheureux…
Je me retourne alors et m’apprête à pénétrer dans la chambre de ma femme. Avant de pénétrer, j’entends la voix de Georges me dire une phrase, qui se met à résonner dans ma tête.
-Et surtout, fais gaffe à toi, mec !

Fais gaffe à toi…

Non… Je ne veux plus…


Etrangement, cette nuit-là, pendant que je veillais ma femme, je repensais au premier cadavre que j’avais vu…

Jersey, Avril 1959…


J’étais alors qu’un simple bleu. Je venais tout juste d’être admis au sein de la police. On m’avait confié au meilleur inspecteur de Jersey, l’inspecteur Foley. Nous avions déjà enquêté sur maintes affaires auparavant, mais ce jour-là, on venait de repêcher un cadavre. L’occasion pour mon maître de me faire enquêter sur un assassinat.
Nous arrivâmes au lieu de l’enquête. Beaucoup de policiers étaient déjà présents. Il y avait comme une agitation folle, on voyait des hommes-grenouilles, des policiers, des gendarmes, et même quelques militaires. Derrière des barrières, la foule locale était agglutinée pour en voir le plus possible de ce qui se tramait ici.
Et alors je la vis… C’était une femme. Une jolie jeune fille nue. Sa peau était bleue, ses cheveux blonds, et elle avait de nombreuses blessures près du sexe. A différents endroits, elle était déjà en décomposition. Des asticots sortaient tantôt de sa bouche, tantôt de son nez, pour enfin aller se réfugier dans l’œil en passant par un petit trou qu’ils avaient creusé au préalable.
Cette vision m’horrifia, me répugna. On l’eut été pour moins ! J’en avais le ventre retourné et mon déjeuné avait, d’un coup, un goût beaucoup plus âcre que précédemment. Mes tripes criaient à présent, mon repas voulait sortir. Je me précipitais donc dans un petit coin et vomis mon repas. Manque de chance, toutes les personnes présentes n’avaient pas manquées de remarquer qu’il s’agissait de mon ‘premier cadavre’. Il y eu des éclats de rires, des moqueries, on scandait ‘ha ha, les bleus sont vraiment des fillettes !’. Une vision assez étrange lorsque je me souvenais que l’on était sur les lieux présumés d’un meurtre effroyable, et qu’au milieu de tous ces gens hilares se trouvait une femme morte, repêchée peu de temps avant dans l’eau et dont le cadavre en putréfaction lançait une odeur nauséabonde sur toute l’assemblée. Où étais-je donc tombé ?
L’inspecteur Foley s’approcha alors de moi et me dit :

-Eh bien, jeune recrue, on ne tient pas face à un cadavre ?

Il avait été le seul qui n’avait pas rit, le seul qui n’avait su détourner son regard du cadavre pour voir son apprentis vomir ses boyaux.

-Hum… C’est que… Monsieur, si je peux me permettre, c’est le premier… enfin la première… le premier cadavre que je vois, quoi. Et… je n’imaginais pas ça comme cela.

Bien entendu, ce n’était pas le premier mort que j’avais vu. Il y avait eu mes parents, avant elle… Mais cela est une autre histoire, et je ne vis d’eux que leurs derniers instants, pas réellement leurs cadavres.

-Ha ha ha ! Tu t’y feras vite, t’en fais pas, me dit alors mon mentor.
-Oui. Je… je l’espère bien.
-Je me souviens, fiston, la première fois que, moi aussi, j’ai vu mon premier macchabée, reprit-il. J’étais alors qu’un jeune gringalet, tout comme toi. J’étais très intrigué. Je demandais à mon formateur quelle était cette odeur si forte qui émanait de cette chose en décomposition. Et sais-tu ce qu’il m’a répondu ?
-Heu… eh bien, non.

Il se tourna vers le cadavre et dis d’un ton sec :

-Eh bien, en réalité, il ne m’a rien répondu. Il m’a menotté au mort et pour me punir de n’avoir pas appris mes rudiments, il m’a laissé toute la nuit en bonne compagnie dans la morgue.
J’eu un relent. Comment peut-on passer tout une nuit avec… ça ?!

Il reprit donc en se tournant vers moi, le sourire sur les lèvres.

-Alors, j’en ai appris à les apprécier moi, les cadavres. Surtout celui-là… Une jeune femme, très jolie. Elle avait les yeux d’un bleu… Et des cheveux d’un blond…

Son ton retomba…

-Oui… si ce n’était ce trou au côté droit, elle était parfaite… Elle était froide, immobile, sur sa table mortuaire.

Il me regarda dans les yeux, et finit :

-On eu dit le sommeil d’un ange.

Le sommeil d’un ange…

Bugling Eyes Chapitre 4

IV- Où entra le désir, où sorti la torpeur, où cria l'infinie subterfuge.

Jessica arriva chez elle. Elle tapa le digicode. Serge ne bougea point. Il la mirait du haut de sa tourelle, et tel un serpent languissant, crachait son venin sur les feuilles du buisson dans lequel il se dissimulait. Il se voyait juxtaposer sa passion sur la passion de Jessica, fondre son désir dans son désir. Et il leva les yeux vers le ciel, poussa un soupir lorsque Jessica, innocente, ramassa les clés qu'elle venait de faire tomber et que sa jupette se souleva comme un cogito cartésien qui dirait « Je pense donc je suis. Je suis. Je suis. Je suis. Je suis...etc ». Elle introduisit la clé dans la serrure tandis que le déclic se fit sentir. Serge la regarda entrer et disparaître de sa vue. Il chancela. Le bourgeon de son désir n'était pas encore tout à fait éclot. Mais il était sur le point d'exploser, de céder à la pression du trop plein, de l'acme se faisant attendre, du désir brûlant jusqu'aux entrailles de son corps suintant, trépignant, gesticulant.

Il poussa un profond soupir et, n'en pouvant plus, alla plus loin afin de déverser sa frustration, ce long torrent, fleuve confluent d'une urètre distendue, douloureuse, victime innocente d'un éboulement de pression artérielle.

Puis il se recroquevilla sur lui-même. Triste fin pour un aigle si beau, triste atterrissage d'un décollage si doux. Le fruit interdit à peine croqué, l'en voilà privé. Douloureuse réalité, barrière immatérielle, mais tellement significative. Il tomba à terre et une banane à peine digérée sortie de sa cavité stomacale, évacuant sa rage, la vulgaire idée germant dans son esprit. Il releva la tête et essuya sa bouche à l'aide de la manche de son pull en laine. Il se laissa basculer contre le mur et enleva son bonnet d'un geste tremblant de la main. Il regarda le ciel, mira les formes tendres de la Lune, l'air émerveillé. Il avança sa main. La toucher. Son royaume pour pouvoir la toucher. Une larme glissa sur sa joue et alla mourir sur ses lèvres. Il se sentait si faible, il se sentait un rien. Rien vide. Rien sinueux, certes, mais rien clôt, petit, perdu. Raté. Il se sentait raté.

« Ah, doux Jesus – ou plutôt Satan, mais peu importe. Ah, Créature divine, Être Supérieur qui régit ce monde, pourquoi m'imposer cela ? Donne-moi le nectar, le Divin breuvage, car je veux goûter la tranquillité, à présent. Ivre de passion que je suis. Ô, Être grisé, Dieu de l'ivresse, tu dois me rendre sobre ! ». Telles furent à peu près ses pensées.

Là-haut, ça s'agitait pas mal. L'on venait de faire un échec et mat en Afrique, et l'on venait d'y perdre beaucoup. L'on criait de toutes parts :
« Moins dix deux en Angola. » de Saint-Benoît au Divin.
« Moins deux six au Cameroun » de Saint-Paul au Créateur.
« Moins vingt-six deux au Sénégal » de Saint-Jacques au Grand Barbu.
« Moins zéro un à Paris » de Saint-Hypocrite au Divin Mensonger...
« Assez ! » cria l'Immortel. « Je m'en vais boire un coup au troquet. Dites à Satan de me rejoindre. j'ai à lui parler. »

Il se leva.
« Mais, Seigneur. » osa Saint-Damné. « Et les réclamations du jour ? »
La Divine Divinité se retourna. Ses yeux s'embrasèrent et Saint-Damné disparu dans une grand brasier. Puis il réapparut avec une petites flammèche, quelques instants plus tard, l'air abasourdi.
« Les réclamations ? Oh, par les miches de la Vierge, donnez-les à Saint-Parfait. Il s'en occupera à la perfection. »

L'on envoya donc les réclamations à Saint-Parfait qui fit, à l'image du Tout-Puissant, un travail Parfait.

Il se trouve justement qu'il choisit ce moment-même pour réaliser les souhaits contenus dans le sac à réclamations, le moment où Serge, assit sur son chagrin, faisait reluire la Lune dans la focale de sa pupille. Il vit alors quelque chose descendre du ciel, qui répandait sur son passage une poussière dorée qui, éclairée par la lumière de l'Astre de nuit, donnait l'impression qu'une fée fut descendue des nuages sur Terre.

Serge, émerveillé, songea alors à cette image qu'il avait vue, quelques jours plus tôt, dans un quelconque film dans lequel une petite fée tintinnabulante, belle comme un ange, donnait des ailes aux enfants en leur jetant sa poussière magique. Il accourut. Mais il ne vit au sol qu'un petit paquet duquel s'échappait une poudre blanche et farineuse, mais certainement par une fée. Il aspira un grand coup et soupira. Mais dans cet acte irréfléchie, mécanique, Serge n'avait pas saisit qu'il venait en réalité de respirer deux grammes de cocaïne venant tout droit du Ciel, ou plutôt en vérité de Colombie, où le commerce illégal de drogues faisait fortune.

25 mars 2008

THEME DE LA SEMAINE 3

Hello tout le monde ! Voici le lien du thème 2 auquel vous pouvez toujours participer, idem pour le thème 1.

Thème de la semaine : "Je ne veux plus me voir ni t'entendre"

Contraintes diverses :
-Un cri doit éclater à un moment ou à une autre de votre nouvelle.
-Présence d'une référence quelconque à l'album "The Wall" de Pink Floyd. (ce lien pourra vous être utile)
-Le premier et le dernier mot de votre nouvelle doivent être idendiques.

(Proposé par Nairod)

Bonne chance et bonnes lectures ! (si vous êtes en manque d'inspiration, vous pouvez acheter à bas prix une muse sur Ebay)


24 mars 2008

Le Clandestin - Chapitre Second

Chapitre Second – Au début :


Une fois de plus, je me suis égaré… Je vais commencer par présenter la situation, déjà.

J’étais flic sur la petite île de Jersey. Mes parents, Bretons, m’y avaient éduqué, m’apprenant anglicisme et francicisme.

J’avais rencontré ma femme à l’âge de 22 ans. Ses yeux bleus, pareils à de belles étoiles scintillantes, son sourire qui ranimait mon cœur… tant de beauté et de merveille qui liquéfiait mon chagrin, le laissant pour le passé.
Puis l’étoile s’est éteinte… On me la vola, et ce jour-là, je sus que rien ne serait plus jamais comme avant.

Depuis des semaines, déjà, je savais qu’on me suivait et que l’on m’en voulait. Rapport à une de mes enquêtes, pourtant à l’aspect banale.

Jersey, Septembre 1961…

J’étais dans mon bureau, tapant un de ces foutus dossier. Ma récente promotion à la fonction d’inspecteur chef ne me dispensait hélas pas de toute la paperasserie habituelle. Je faisais donc mon devoir sans rechigner. Il fallait bien montrer l’exemple…
Puis on frappa à ma porte.
-Entrez. Dis-je.

Un petit bonhomme entra alors en costume de policier. C’était Philippe. Il était l’un de mes hommes, collègue depuis déjà pratiquement mes débuts.

-Un homme pour toi. Il dit s’appeler Monsieur Crook et il souhaiterait te parler de ton enquête, apparemment.
-Monsieur Crook, tu dis ? Mmh, nous verrons bien. Fais-le entrer, si tu veux bien.

Il sortit donc de la pièce et alla chercher l’individu. Quelques secondes plus tard, ils étaient devant moi. L’homme s’approcha. Il était plutôt grand, mince, mal rasé, mais très bien coiffé et il portait sur lui une superbe chemise en flanelle grise à rayures blanches. Tout d’abord je fus absorbé par cette chemise. Elle m’intriguait, sans même savoir pourquoi. Puis mon regard se détourna vers ses yeux. Ils étaient cruels, vicieux, méchants. On eu dit que la flamme qui alimentait ses désirs avaient mue en incendie et avait brûlé sa boite crânienne.

Il s’approcha de moi et esquissa un sourire hypocrite.
-Bien le bonjour, Monsieur l’inspecteur. Comment allez-vous donc, de si beau matin ?
Son sourire semblait tellement forcé qu’il en devenait malsain, morbide.
-Monsieur Crook, je présume. Allons droit au but, j’ai un travail monstre à terminer. Alors vous dites avoir des informations à me communiquer en ce qui concerne les dix derniers cambriolages survenus ce mois-ci ?
-Hum… vous n’êtes pas à jour, si je puis me permettre. Il s’agit de onze cambriolages pour être exact, non plus dix.

Dans le mille ! J’avais tenté la plus vieille ruse au monde, le bluff, et il était tombé en plein dedans, sans même se méfier. Je n’avais même pas cru que cela puisse marcher, mais il n’avait visiblement rien à cacher…

-Onze, vous dites ? En effet… Merci pour cette rectification. Mais quelque chose me chiffonne… comment êtes-vous au courant pour ce onzième cambriolage alors que nous ne l’avons toujours pas communiqué officiellement ?
-Je n’ai rien à cacher. Je suis parfaitement au courant de ce onzième cambriolage, même sûrement plus que vous ne l’êtes.
-Je vois… Que voulez-vous, alors ? Allez-y franc jeu.
-Ce que je souhaiterais, Monsieur, c’est que vous arrêtiez vos investigations.
-Que j’arrête mes… Rien que ça ! Dites-moi, serait-ce une menace ? Ou une tentative de corruption ?
-Mais non, voyons, ce n’est rien de tout cela. Ce ne sont que des mises en garde. Je serais absolument navré que le sort vous frappe. La vie est parfois si… déroutante !

Avec ces menaces et ces révélations officieuses, j’aurais pu le mettre au trou, ou du moins en garde à vue. Seulement, je connais ce genre de type. C’est le genre de gars qui a des appuis politiques et juridiques, pas du genre à se laisser coffrer. Il vaut mieux la jouer fine avec eux. Si je l’arrête sur le coup, il ressortira deux heures plus tard et, après, je ne pourrais plus jamais m’en approcher. Relations obliges. Je tenais un gros poisson, et je ne comptais pas le lâcher si facilement. Avec lui, je pouvais remonter bien plus haut. J’avais l’ambition et cette envie de justice en moi.

-Je vois… Et bien, vous et vos… mises en garde, je vous invite à sortir de ce bureau, si vous avez fini.
-Bien, bien… Mais réfléchissez à ce que je viens de vous dire. Vous êtes jeune et en pleine ascension. Il serait dommage pour un agent si prometteur tel que vous de tout gâcher sur une histoire qui le dépasse. Ne faites pas trop de zèle.
-Je ne vous indique pas où est la porte. Adieu, je l’espère. Malheureusement, je crains que ce ne soit à bientôt…
-Je le crains aussi. Au revoir, Monsieur l’inspecteur.

Quelle que soit la personne qui pouvait se trouver derrière cette histoire, je sentais que j’avais levé un gros poisson. Assez gros pour que des personnes hautes placées en tremblent. Une aubaine pour un petit inspecteur débutant de se faire connaître et, qui sait, d’atteindre des sommets.
J’allais creuser, et au diable Monsieur Crook ou je ne sais qui…

Bugling Eyes Chapitre 3

Voilà le troisième chapitre de Bugling Eyes.
Desolé pour les nouvelles sur les thèmes donnés. Je n'ai pas encore eu le temps d'écrire quoi que ce soit.


III- Où voltigeait la féconde oisiveté du grand dénominateur du monde.

Ce soir-là, Serge était chanceux : la nuit était douce. La pluie de la journée avait répandue dans l'air ambiant une agréable moiteur qui, la nuit venue, semblait soulever les désirs inavoués de tous ces braves gens, dans leur plus sobre apparat qui, à pas réduit, rentraient amèrement jusqu'au foyer tari.

Il pérégrinait au gré de son gros gréement. Lorsque, tout à coup, il vit Jessica au coin de la rue. Il s'arrêta. Il voulait courir, hurler, s'arracher à sa timidité. Mais il s'arrêta. Et il la vit, sublime, dans sa féminité virginale, merveilleuse petite crème d'enfance, terrible beauté d'à peine seize ans qu'il aimerait beaucoup bougréer. Elle marchait vite et déjà il ne la voyait plus. Il la suivit, à pas pressés, au bord de la route. La belle était suspicieuse, comme il a été dit, et n'aimait pas à s'égarer dans de sombres ruelles. Aussi restait-elle sur de grandes avenues, à la lumière des réverbères, ignorant que cette même clarté accélérait le souffle suffoquant d'un prédateur tapi dans l'ombre. Il la regardait. Et il voulait goûter à la transcendance. La transcendance de ses formes, la transcendance de sa voix, la transcendance de ses mains, la transcendance des ses lèvres... Il voulait se transcender, évaporer sa passion avec elle dans la Lune, créer un pont entre son désir et le Nirvana, dresser un tentaculaire viaduc sur le grand fleuve Amazone et, avec elle, remonter le courant vers l'amont de l'intelligible.

Il regardait les collines s'élever et se frotter à la lumière des réverbères, rythmées par les pas de la Belle. Il voudrait courir loin dans les collines. Loin à travers les bois, pour enfin arriver à la cascade subversive, fontaine de jouvence sauvage dans laquelle il voudrait se baigner, petit ru coquin dont ses pires désirs se font un dessein, grandes chutes immuables dont la clarté aveuglante fait tourner la tête ; et nager dans l'eau claire, cristalline, jusqu'à faire déborder le lac, décrue de puissance, éruption rougeoyante du Stromboli.

Cinquième Nouvelle sur le deuxième thème

Mon deuxième écrit pour le thème Deux supportera mieux d'être lu en cliquant sur ce lien : http://cjoint.com/?dytScLKzg3

Je le poste aussi ici, mais en petite taille (et toujours sans alinéas, désolé) car il est assez long.
Bonne lecture.


La Sixième Patte du Chameau des Glaces

On était samedi quand ça s'est passé. Je faisais du sport de canapé avec une fille ramassée sur le boulevard. Les filles moi je les ramasse toujours aux alentours de 14 heures. Pourquoi ? Parce qu'elles ont le ventre plein du repas de midi mais pas la chatte dégeu des saloperies du soir. Je m'amuse avec de la chair pleine et propre, et on se chevauche que sur le sofa, parce que le lit c'est sacré. Comprenez, y'a que moi qui a le droit de rouler dessus. Et parfois, j'astique mon vélo en m'endormant. Ah ah.
Il était 16 heures quand Tom m'a appelé. T o m, l'handicapé de la vie. Et j'ai décroché comme un pauvre con. Ouais, j'ai lâché la fille pour discuter avec ce loser fini, et encore plus fini qu'après la soirée d'hier.
-Léo ? Ouf t'es là ! Viens au loft, c'est urgent.
-Hey, du calme, tu me prends pour un chien ou quoi ?
-Je suis dans une angoisse si totale que tu devrais déjà être là.
Il raccrocha là. J'ai réfléchi deux secondes puis je me suis rhabillé et j'ai dégagé la fille et je me suis cassé. Un mec normalement constitué n'aurait jamais fait ça, plaquer un coup d'enfer pour se plonger dans une galère avec un bourge-junkie comme Tom, mais moi j'étais trop poussé par la curiosité. Et un mec au fond de l'abîme c'est toujours plus drôle à voir qu'une fille qui se fourre l'abîme.

Je débarque dans son loft dix-minutes plus tard. Tom a une allure de cadavre croisé avec un... Non d'abord faut que je vous parle de son loft. C'est un 800 mètres carré dans un putain d'immeuble haussmanien. Comment il a fait pour se payer ça ? Sale coup de chance. Au départ c'était un étudiant nantais comme moi. On se branlait dans la même fac quand un jour on a décidé de se casser à Paris pour goûter à une autre vie. On s'est trouvé un studio minable dans le XIIIème si petit que si on était deux dans la chambre-cuisine-salon, on était obligé de se toucher. Tom n'en pouvait plus.
Et au bout de quelques mois, il a reçu une lettre. Sa grand-mère venait de mourir et il héritait de son appartement. Il a direct' quitté notre piaule pour ce loft de malade, sans se poser aucune question. Ni même pourquoi sa grand-mère pouvait mourir une deuxième fois, tous ses grands-parents étant morts depuis sa dixième année. Le pire est qu'il a même pas été à l'enterrement de la vieille.
Ouais donc, ce jour-là il avait vraiment l'air mal. Aussi crade dans ses fringues que dans sa tête. Il m'a ouvert un peu sa porte et eut l'air soulagé de me voir.
-Hello.
-Putain t'as été long, j'aurai eu le temps de mourir dix fois.
-C'est quoi le problème d'aujourd'hui ?
-Une vraie connerie : j'ai perdu Charlie.
-C'est qui Charlie ?
-Quelqu'un que je dois retrouver, sinon c'est un cadavre que t'auras en face de toi.
-Tu veux que je t'aide à trouver où est Charlie ?
-Je t'en supplie.
-Et le mage et le petit chien avec son os à la con aussi ?
-Te fous pas de ma gueule.
Je remarquai alors que j'étais toujours sur le palier.
-Alors fais-moi entrer.
-Ah ouais, excuse, je suis dans les vapes.
-Je sais. Moi aussi.

Trois minutes plus tard on était cloués au divan sept places en peau de crocodile, un verre de Breizh Cola dans chacune de nos mains.
-Alors, c'est qui Charlie ?
-Tu te souviens de Jessica ?
Tom vivait seul mais il ramenait dans le lit en or massif une fille par nuit. Parfois deux, ou trois, et même douze. Son plan de drague était simple : "Salut moi c'est Tom, j'habite dans un loft, tu veux visiter ?". Il accosterai les filles avec un bras en moins et la peau du visage brûlée jusqu'à l'os, la réponse serait la même. Le jeudi il ramène des gamines vraiment spéciales, qui l'invitent ensuite dans des soirées bien tordues. La plus spéciale qui est venue chez lui s'appelait Marie. Elle avait de sacrées formes, mais était trop poilue. Enfin c'est un peu normal pour une chèvre, me direz-vous.
-Jess... La fille de la nuit du lynx rouge ?
-Non, celle de la fête des vénitiens.
-Peut pas m'en souvenir alors, on était tous masqués.
-Ouais mais elle avait un tatouage marrant sur la cuisse. Y'avait marqué "y=ax+b".
-Ah ouais, je me rappelle. C'était la nuit juste avant que je me casse au Canada, pour deux ans.
-C'est ça. Et bien, en fait je...
-Tu ?
-Je me suis marié avec elle.
Je m'étranglai avec le coca et allai vomir sur le cactus, au balcon. Tom me rejoignit.
-Putain, marié, toi. C'est affreux.
-C'est pas grave Léo, on a été heureux nous deux.
-Comment t'as fait ta demande ?
-Au cinéma. J'ai mis la bague dans le paquet de pop-corns.
-Quelle classe.
-Mais elle a pas vu et s'est étranglée avec. On a du lui couper la gorge à l'hosto pour sortir l'anneau, mais elle s'est rétablie quelques jours après.
-C'était quoi le film à l'écran ?
-Un truc génial. L'histoire d'une colonie de Chameaux de la Banquise qui avaient tous cinq pattes, mais y'en a un qui naît avec une en plus. Les autres sont dégoûtés et le chassent de la tribu. Alors le petit chameau il s'en va dans le l'Extreme-Nord, tout triste. Et à la fin il meurt de froid, tout seul.
-Woah, quelle profondeur morale !
-C'est clair.
-Et elle est où ta femme maintenant ?
-On a divorcé avant ton retour. Je ne l'ai plus revue depuis mais on se cause sur msn.
On se tut pendant quelques instants, et regardera les petites voitures courir sur le béton. La vue du reste de Paris était belle aussi, on pouvait même voir un peu le soleil à travers les couches de pollution. La cime de la Tour Montparnasse était enfoncée dans un nuage violet. Cette image avait quelque chose d'excitant.
-Bref, c'est quoi le rapport avec ton pote Charlie ?
-C'est pas mon pote, c'est mon fils.
-Aaaaarrrg...
Je vomis encore. Cette fois-ci par dessus la rambarde du balcon. Un costard-cravate sur le trottoir se prit tout sur la gueule et fut quelque peu mécontent.
-Sérieux ? Un gosse ? Mais qu'est ce qui t'as pris !?
-C'est Jessica qui m'a pris, gros malin.
-Je t'aurais pas cru si faible.
-C'est bon, arrête là. Ecoute-moi plutôt. Elle a obtenu la garde mais je vois encore mon fils un week-end sur deux. Je le récupère à l'école le vendredi soir et je le redépose le lundi matin.
-Et tu m'as caché ça depuis tout ce temps ? J'arrive pas à le croire.
-Seulement depuis ton retour. A peine quatre mois, quoi.
-C'est quatre mois de mensonges.
-Demain, l'assistance sociale débarque pour déterminer si je suis encore un père digne de mériter l'aide financière de l'Etat ou pas. Il est évident que non car de ce gosse j'en ai à rien foutre, mais je veux garder mes allocations, bordel.
-Qu'est ce que t'en as besoin de ce fric ? T'as vu dans quoi tu vis ?
-Le loft est beau mais il ne me paye ni mes fringues ni ma connexion à Internet.
-T'as qu'à travailler.
-Ha ha. Je suis mort de rire.
-Bon, ok, je vais t'aider. Quand t'as su que tu l'avais perdu ?
-Y'a une heure, quand je me suis levé.
-Et la dernière fois que tu l'as vu ?
-Hier, à 21h. Je devais te rejoindre au Gasmoa et je l'ai laissé ici.
-Ah ah, il était dément ce bar hein ? Sacrée soirée, clair.
-Ouais donc hier soir, Charlie arrêtait pas de chialer, de faire ses putains de rotomontades, et moi je veux partir. Alors qu'est ce que je fais ? Hein ?
-Tu le cloues devant la télé. Elle lave son cerveau avec ses conneries et le transforme en momie en quelques secondes.
-Non, j'ai fait mieux en mettant du cognac et des somnifères dans son biberon.
-C'est une bonne idée aussi.
-Et je suis revenu peinard vers 5h du mat' avec la brune aux yeux jaunes.
-Ouah, comment t'as fait pour l'avoir ? Elle était aussi coincée qu'une none croisée avec la reine Victoria.
-Je l'ai impressionnée. Je me suis foutu à poil face à la devanture d'une église, ce genre de truc.
-Classe.
-Elle est tombée par terre en arrivant ici, mais elle a pas voulu se déshabiller. Elle voulait prendre un petit dèj d'abord. Mais pas un truc minable, non, plutôt un repas royal. Alors j'ai fait des tartines au fois gras et j'ai mis un canard premier choix au four puis j'ai mis la table avec bougies et rose dans un vase, tu vois le genre. Mais en fait elle m'a sauté dessus après sa deuxième tartine et on baisé sur la table et le vase est tombé et s'est brisé.
Ensuite elle s'est cassée et moi j'ai dormi plus de dix heures et je t'ai appelé et voilà.
-Elle était bien, la brune ?
-Je... Je me souviens plus de rien. On a bu pas mal. Elle avait ramené une bouteille de vin rose avec des trucs verts qui flottaient dedans. C'était chouette. Bref, Charlie est encore dans cet appart'. Ou alors c'est Superman et il s'est envolé par la fenêtre.
-Et t'as besoin de mon aide pour le retrouver alors qu'il est ici ? C'est pas croyable.
-Ecoute Léo, ce loft a dix-huit pièces, c'est un vrai labyrinthe et j'ai pas toute ma tête. Alors si tu veux pas m'aider, casse-toi maintenant. Sinon, commence à fouiller.
-Heu... Je... Bon d'accord, je vais t'aider.
-Merci.

Trois heures. Trois heures à fouiller les moindres coins de tout l'étage, surtout là où s'y attend le moins. Intérieur des murs en bois et plomberie des chiottes compris. Je me suis coupé le pied trois fois avec les morceaux du vase en plein milieu du salon. A la fin j'ai compris qu'il fallait passer un coup de balai. C'est là que Tom est revenu.
-Je t'ai pas demandé de faire le ménage.
-Je suis en train de sécuriser la zone pour la libre circulation des jambes.
-Bien.
-Où t'étais passé ?
-Je pionçais.
-Il est si petit que ça ton gosse ?
-Dix mois. Et ouais, il est plutôt faible pour son âge.
-Cette histoire me rend dingue. On le retrouvera pas comme ça. A toi de te souvenir de ce que t'en as fait de ton mioche.
Sur ce, je lâchai le balai et allai pisser. C'est pendant que je déchargeai que je m'aperçus que je n'avais pas encore regardé derrière le rideau de baignoire. Je m'étais juste dit que le gosse était trop petit pour grimper tout ça. Je tirai la chasse d'eau et me dirigeai vers la douche quand Tom apparu derrière moi et cria.
-Mais ouais bon sang ! C'est là ! Je me rappelle ! J'ai montré Charlie à la brune et elle a dit qu'il sentait pas la rose. Alors je lui ai donné un petit bain. Et ensuite je l'ai laissé là pour aller me faire la fille tranquillement.
-T'es vraiment dingue Tom, on donne pas des bains à un si petit enfant.
J'étais néanmoins rassuré d'en avoir fini. Je tirai alors le rideau et on regarda dans la baignoire. Mais ce n'était pas Charlie dedans, plutôt un énorme canard de luxe, qui avait un bec narquois à la Donald Duck.
-Tiens, je croyais l'avoir mis au four. Qu'est ce qu'il fout là ?
-C'est moi qui te pose la question, Tom.
-Crois-moi, j'en sais rien. Mais je devais vraiment, vraiment être stoned hier soir.
Une idée affreuse me traversa alors l'esprit. Ne pouvant la rejeter, je dus aller vérifier. Je me suis précipité dans la cuisine et j'ai ouvert le grand four, incrusté dans le mur de marbre. Charlie était bien là-dedans, calciné jusqu'à l'os, tel un foetus avorté dans une chaudière à charbon.

Le lendemain matin, l'assistante sociale s'est pointée. J'ai eu l'idée de ramener le bébé d'une amie de soeur, qui était mignon tout plein. Tom a joué au père modèle avec celui-là et le leurre a fonctionné, il a gardé ses allocs. Quand l'assistance sociale est partie, Tom s'est allongé sur le sol et a pleuré.
-Dis-moi Léo, comment j'ai pu faire ça à mon propre fils ? Dieu, non... Pourquoi moi ?
-Personne n'a la réponse. C'est juste une fatalité de plus. Des choses arrivent, passent, et s'oublient.
-Non, je ne pourrais jamais oublier ça.
-Au final, il se peut que si.

J'ouvris la porte et sortis. J'avais besoin d'un bon repas, peut-être chez le chinois du bout de ma rue.


FIN


(Nairod)

22 mars 2008

Quatrième Nouvelle sur le deuxième thème

Voici ma première nouvelle pour ce deuxième thème 'perdu'. Désolé pour les pubs présentes, mais c'était nécessaire.

Las Vegas, Nevada.

Chris gara sa Lamborghini face à la devanture du Rio Golden Palace. Le portier vint lui ouvrir et lui faire des rodomontades de compliments sur son costume.
-Je suis ébloui par sa lumière, c'est celui de Tony Montana, n'est-ce pas ?
-Tout à fait mon petit, c'est que t'as de la jugeote dans la plomberie neuronale, dis-donc !
Chris lui glissa un billet de 500 dollars dans la main et glissa sur le tapis rouge jusqu'à la réception.
-Oh ! Monsieur Chris, vous êtes en forme aujourd'hui.
-Merci poupée. Tu sais que tu es plus belle que la dernière pouffe du feuilleton qui passe en prime-time ?
- Monsieur, vous... Me faites rougir, han.
-Arrête de parler comme pendant l'orgasme, je vais croire que tu simules.
-Je m'en voudrais de vous mentir, monsieur.
-Je vais vérifier ta bonne foi.
Il passa derrière la réception et pris lui-même sa clé de la main droite pendant que la gauche était occupée sous la jupe de l'employée.

Il débarqua dans la Suite Royale avec un bouquet à la main. Il l'offrit à Clara qui bronzait nue sur le balcon et l'admira. Ses jambes, ses courbes, la pureté de son visage...
-Chérie, je t'aime avec toute l'intensité possible du coeur d'un homme depuis la première fois où je t'ai vue à la couverture de Closer.
-Moi aussi je te kiffe grave, bébé.
Il rentra dans la chambre et se déshabilla et se détailla dans le miroir au cadre d'or massif. Ses pectoraux vigoureux, les muscles saillants de ses bras, la clarté de sa peau, la finesse de son visage et l'ampleur de son appareil génital.
Il enfila son maillot Christian Dior en fibres de platine et pris sa serviette Luis Vuitton en laine de requin blanc. Et ce fut quand il réfléchissait à la question cruciale -hammam ou sauna ?- que son iPhone sonna.
-Oui, allo ?
-Salut, Chris. Tu te souviens de moi ?
Nous y voilà, à ce coup de fil qu'il redoutait depuis tant d'années, à cette voix infernale et immortelle qui transformait son sang en des rivières de peur métallique.
-Oui, je me souviens de vous...
-Tout va comme tu veux ? T'es heureux ?
-Ouais ouais, je vais pas me plaindre. Y'a quelques nuages dans le ciel, mais c'est pas dramatique.
-Je vais arranger ça, et ainsi Clara bronzera bien plus vite.
Et la seconde d'après, toute la suite fut inondée d'une lumière et d'une chaleur exceptionnelle.
-Merci.
-Bref, tu sais pourquoi je t'appelles ?
-J'en ai une vague idée, mais si mes souvenirs sont bons, on ne devait se reparler que lors de ma mort.
-Certes certes, mais j'ai quelques petites complications.
-C'est pas très sympa de m'annoncer ça maintenant, tu sais.
-Non non ! Ne t'inquiète pas ! Tout va bien pour toi. J'ai besoin de ton âme maintenant, mais tu vas quand même pouvoir continuer ta vie tranquillement jusqu'à la fin.
-Ah ? Rien ne changera pour moi ?
-Je te l'assure, c'est juste un petit problème de protocole.
-Très bien. Alors je vais te la chercher.
-Ouvre juste la boîte et ton âme me parviendra directement.
-D'accord, je te rappelle quand c'est fait.
Chris posa sa serviette et enleva le Rembrandt au mur et composa la combinaison du coffre. Il vira tous les lingots d'or mais ne vit rien d'autre. Il soupira et ouvrit alors le dernier tiroir de la commode Louis XVI. Il dégagea toutes les étoffes et fouilla le double-fond. Mais il n'y trouva rien non plus. Il jura et alla dans la salle de bain et appuya sur le troisième carreau du bord de la baignoire. Une cavité s'ouvrit mais elle ne contenait pas la petite boîte grise qui contenait ce que Chris avait de plus précieux.
Il retourna sur le balcon et réveilla sa femme.
-Chérie, t'aurais pas vu la BOITE ?
-Ta BOITE ? Non, tu m'as toujours dit de jamais y toucher. Alors j'y ai jamais touché.
-Ouais mais tu sais, pendant les déménagements, par inadvertance, enfin tu vois quoi.
-Je te dis que non, et qu'est ce qu'il y à l'intérieur de si important ?
-Rien rien, t'occupe pas de ça.
A nouveau dans la chambre, Chris se mit à pleurer et à crier.
-BORRRDDDEEL. PUTAIN DE SAAAALOOOPE DE BOITTTEE.
Non, c'est bon Chris, on se calme.
Je suis calme, PUTAAAAINNN.
Y'a toujours une solution. Rappelle-le et arrange le coup. C'est juste une petite complication, rien de grave.
Ouais, c'est vrai. Je peux tout régler... Tout va pour le mieux.
Il prit son iPhone et fit la touche rappel.
-Chris ? J'ai pas reçu ce que tu me dois. Qu'est ce qui se passe ?
-Heu, en fait, heu. T'énerves pas Satan, mais j'ai perdu ma boîte.
Un lourd silence à l'autre bout du fil. Chris sentit une chose pire que la mort qui arrivait à grande vitesse pour lui bouffer le nombril.
-Tu n'es pas sérieux n'est-ce pas ?
-Vraiment, je suis désolé, mais ce sont des choses qui arrivent.
-Un marché est un marché, Chris, y'a rien de compliqué. Je t'offre tout ce que tu veux et tu m'offres ton âme quand je le désire. En perdant cette boîte, tu m'as trahi Chris. Y'a pas d'autres mots. Tu m'as violemment baisé !
-Oui mais...
-Ta gueule. Tu sais ce qui va t'arriver ? En plus de ton âme, je vais prendre ton corps, pour l'éternité ! Toute ta chair offerte aux pires Tartares de l'Enfer. Même Sisyphe sera jaloux de tes tortures. Je vais prendre grave mon pied, ouais !
-Non pitié, tout mais pas ça... Je t'en supplie, je ferais tout ce que tu veux, je te donne tout, J'IMPLORE TA CLEMENCE !
-Mmmh... Quand j'y repense, y'a peut-être un moyen de te sauver. Vois-tu, ce qu'il me faut c'est une âme. N'importe laquelle...
-Ma femme ou moi, c'est ça ? La perfection féminine ou l'horreur masculine ?
-T'as tout compris.
-C'est une question impossible, un foutu dilemme inhumain.
-Tu dois pourtant répondre.
-... Très bien. Vole l'âme de ma femme. Ne prends la mienne.
-Tu as fait ton choix. On est quitte. Tu es libre de dire la vérité à ta femme ou pas, mais son âme est à moi !
Satan raccrocha et Chris s'effondra sur le lit.

Clara le rejoignit quelques minutes plus tard. Sa peau était maintenant d'une couleur parfaite. Elle était venue pour s'excuser.
-Oui, je viens de me rappeler. J'ai laissé cette boîte dans l'Hôtel de Reno, je croyais que c'était sans importance. Je suis vraiment désolée !
-C'est pas grave Chérie, c'était rien, juste un souvenir de gosse.
-Je veux quand même me faire pardonner...
Elle s'allongea sur lui pour offrir ses entrailles. Elle ne tarda pas à lui crier des mots d'amour, auxquels il répondit faiblement.

Fin.

(Nairod)